Le Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC), qui regroupe 43 associations, a conduit une étude alarmante. Sur plus de 200 produits testés sur la plateforme Temu — jouets, appareils électriques, cosmétiques, articles de cuisine — 81 % ne respectaient pas la législation européenne. « Ce sont des catégories pour lesquelles les normes de sécurité sont très strictes, ce qui augmente le risque de non-conformité », souligne Sébastien Pant, porte-parole du BEUC. Certains objets auraient même dû être retirés de la vente immédiatement.
Risques chimiques, mécaniques et thermiques

Parmi les cas les plus préoccupants figure un jouet en plastique contenant jusqu’à 240 fois la dose légale de phtalates, des substances reconnues comme perturbateurs endocriniens. D’autres objets, comme une chenille en bois, se sont révélés dangereux pour les nourrissons, avec des pièces facilement détachables et donc susceptibles d’être ingérées. Un simple œil en plastique peut devenir un piège mortel pour un enfant.
Les anomalies ne s’arrêtent pas là. Un radiateur électrique vendu des milliers de fois au Royaume-Uni présentait un risque manifeste d’incendie et d’explosion, tant sa fabrication était défectueuse. L’étiquette mensongère de certains cosmétiques n’est pas en reste : un produit estampillé « sans silicone » contenait en réalité cet ingrédient, soulignant un manque flagrant de traçabilité.
Une faille dans le système d’importation

Comment ces produits parviennent-ils à entrer en Europe malgré des normes strictes ? Le modèle de Temu repose sur la livraison directe depuis la Chine vers le consommateur, court-circuitant ainsi tout importateur ou contrôleur. « On outrepasse complètement les lois », déplore le BEUC. En l’absence d’intermédiaires, aucun contrôle n’est effectué avant que le produit n’arrive chez l’acheteur.
Face à ce vide réglementaire, les associations réclament une meilleure traçabilité et des mesures douanières renforcées. Mais l’ampleur du phénomène rend la tâche titanesque. Pour pallier ce défi, le gouvernement français a annoncé la mise en place de “frais de gestion” dès 2026 sur chaque colis entrant, une première réponse pour freiner ce flux non contrôlé.
Shein : les mêmes dangers sous couvert de mode
Autre acteur majeur de ce commerce : Shein. Spécialisée dans le prêt-à-porter ultra bon marché, la plateforme a été épinglée à de nombreuses reprises. Des analyses ont révélé des concentrations illégales de plomb, de nickel et de phtalates dans des chaussures, sacs ou ceintures. Certains vêtements dégagent même une odeur chimique tenace, que des experts attribuent potentiellement à l’épandage de pesticides dans les conteneurs.
