Deux fois par an, des millions d’Européens modifient leurs montres et horloges pour s’adapter au passage à l’heure d’été ou d’hiver.

Ce rituel, instauré pour des raisons économiques dans les années 1970, continue pourtant de susciter débats et critiques. Un pays européen a récemment décidé de remettre en question ce système.
Chaque année, à l’approche du printemps, les Européens avancent leurs horloges d’une heure afin de passer à l’heure d’été. Cette pratique, qui remonte à la période suivant le choc pétrolier de 1973, visait initialement à réduire la consommation d’énergie en profitant davantage de la lumière naturelle en soirée.
En France comme dans l’ensemble de l’Union européenne, le calendrier reste très précis. Le passage à l’heure d’été intervient le dernier dimanche de mars, tandis que le retour à l’heure d’hiver se fait le dernier dimanche d’octobre. Ce système est aujourd’hui encadré par une directive européenne, ce qui explique pourquoi il s’applique encore dans la plupart des pays membres.
Pour beaucoup de citoyens, ce changement saisonnier reste néanmoins une source de désagrément. Entre fatigue passagère, perturbation du sommeil et adaptation difficile pour les enfants, ce rendez-vous semestriel continue de diviser l’opinion publique.
L’Ukraine veut mettre fin au changement d’heure

Alors que la majorité des pays européens suivent toujours ce mécanisme, l’Ukraine a récemment décidé de prendre une direction différente. Les autorités ukrainiennes ont annoncé leur volonté de mettre fin définitivement au changement d’heure saisonnier et de rester toute l’année à l’heure dite « normale », correspondant à l’heure d’Europe centrale.
Le Parlement ukrainien a adopté le 16 juillet 2024 la loi n°4201 relative au calcul du temps. Lors du vote, 261 députés se sont prononcés en faveur de la suppression du passage saisonnier, avec l’idée de conserver en permanence l’heure standard (UTC+2). Dans ce scénario, la dernière modification des horloges aurait lieu à l’automne, avant l’abandon définitif du système.
Des arguments de santé et de politique
Pour justifier cette décision, les députés ukrainiens ont notamment mis en avant des arguments liés à la santé publique. Plusieurs études évoquées dans les débats parlementaires suggèrent que les changements d’heure pourraient perturber le rythme biologique et provoquer fatigue, baisse de productivité ou troubles du sommeil.
Certains chercheurs estiment également que ces transitions saisonnières pourraient augmenter les risques de certaines pathologies chroniques. Ces éléments ont été cités pour soutenir l’idée qu’un horaire fixe serait plus respectueux du rythme naturel de l’organisme.
Mais la décision ukrainienne possède aussi une dimension géopolitique. Jusqu’à récemment, l’heure d’été alignait Kiev sur le fuseau horaire de Moscou, une situation devenue symboliquement sensible dans le contexte du conflit avec la Russie. En adoptant définitivement l’heure d’hiver, le pays souhaite également affirmer une identité temporelle distincte, parfois décrite comme « l’heure de Kyiv ».
Pourquoi l’Europe n’a pas encore supprimé ce système

La question de la fin du changement d’heure n’est pourtant pas nouvelle en Europe. En 2018, une grande consultation organisée à l’échelle de l’Union européenne avait révélé un soutien massif à l’abandon de ce dispositif, avec près de 84 % des participants favorables à sa suppression.
L’année suivante, le Parlement européen a même voté un projet visant à mettre fin à ce système. Le principe était simple : chaque État devait choisir entre l’heure d’été permanente ou l’heure d’hiver permanente.
Cependant, la réforme n’a jamais été appliquée. Le Conseil de l’Union européenne n’a pas validé la proposition, craignant qu’une décision indépendante de chaque pays ne crée un véritable patchwork d’horaires sur le continent. Les discussions sont donc restées bloquées, laissant le système actuel en place.
La France reste alignée sur les règles européennes
En France aussi, l’opinion publique s’est largement prononcée contre ce changement biannuel. Une consultation nationale organisée en 2019 avait montré que plus de 83 % des participants souhaitaient la suppression du changement d’heure, avec une préférence majoritaire pour une heure d’été permanente.
Malgré ces résultats, la France continue d’appliquer les règles communes européennes. En 2026, le passage à l’heure d’été aura lieu dans la nuit du samedi 28 au dimanche 29 mars, lorsque les horloges passeront de 2 heures à 3 heures. Le retour à l’heure d’hiver interviendra dans la nuit du 25 au 26 octobre, à 3 heures du matin, lorsque l’heure reculera à 2 heures.
La France pourrait-elle suivre l’exemple ukrainien ?
Certains pays en dehors de l’Union européenne ont déjà abandonné le changement d’heure depuis plusieurs années. C’est notamment le cas de l’Islande, de la Turquie, de l’Égypte ou encore du Groenland. Ces États ont choisi de maintenir un seul horaire toute l’année, simplifiant ainsi l’organisation du temps.
Dans l’Union européenne, en revanche, aucun État membre n’a pris cette décision seul. Une telle initiative risquerait de provoquer des décalages horaires avec les pays voisins, compliquant les transports, les échanges économiques et certaines activités quotidiennes.










