Quelques mois seulement après avoir bénéficié d’une exposition médiatique mondiale grâce à une paire de lunettes portée par Emmanuel Macron lors du Forum économique mondial de Davos, une entreprise jurassienne spécialisée dans la fabrication de verres optiques vient de mettre fin à son activité.

Une disparition qui illustre les difficultés persistantes rencontrées par certains acteurs de l’industrie française. Au début de l’année, une photographie d’Emmanuel Macron prise lors de son déplacement à Davos avait largement circulé sur les réseaux sociaux. Le président de la République y apparaissait portant une paire de lunettes de soleil aux verres miroirs bleutés, rapidement identifiée comme un modèle haut de gamme de la manufacture jurassienne Henry Jullien. L’accessoire, vendu à plus de 650 euros, avait suscité un fort engouement médiatique et commercial, attirant l’attention sur le savoir-faire lunetier français.
Derrière cette monture devenue virale se trouvait toutefois un autre acteur moins connu du grand public : Dalloz Creations. L’entreprise assurait la fabrication des verres équipant ce modèle. Malgré cette soudaine mise en lumière à l’échelle internationale, la société n’a pas réussi à inverser une situation économique déjà fragilisée depuis plusieurs années.
Une liquidation judiciaire et 29 emplois concernés

Implantée à Saint-Claude, dans le Jura, Dalloz Creations a été placée en liquidation judiciaire à la suite de la résolution de son plan de redressement. Selon la décision rendue par le tribunal compétent, la date de cessation des paiements a été fixée au 20 mars 2026, confirmant l’impossibilité pour l’entreprise de poursuivre son activité.
Cette décision entraîne la disparition de l’ensemble des postes de la société. Les 29 salariés de l’entreprise sont directement touchés par cette fermeture, tandis que le fonds de commerce a été mis en vente dans l’espoir de trouver un éventuel repreneur ou de valoriser les actifs restants.
Cette liquidation marque un nouvel épisode difficile pour le tissu industriel local, dans une région historiquement liée à la lunetterie et à l’optique.
Un acteur historique de l’innovation dans l’optique

Créée en 1957 par Christian Dalloz, l’entreprise avait progressivement acquis une réputation importante dans le secteur des verres solaires. Son fondateur est reconnu comme l’un des pionniers de l’utilisation du polycarbonate dans l’industrie optique, notamment grâce au développement des premiers verres injectés réalisés dans ce matériau.
Au fil des décennies, Dalloz Creations s’est spécialisée dans la conception et la fabrication de verres destinés à de nombreuses applications optiques. Implantée au cœur du bassin jurassien de la lunetterie, la société occupait une place significative dans la production européenne de verres et d’écrans solaires.
Ces dernières années, l’entreprise avait également engagé une stratégie de montée en gamme. Elle mettait en avant une fabrication européenne de verres en polycarbonate bio-circulaire et développait des procédés innovants permettant d’intégrer directement dans les verres des matériaux précieux tels que l’or ou le platine. Cette orientation visait à renforcer sa présence sur les segments les plus qualitatifs du marché.
Une activité en recul depuis plusieurs exercices

Malgré ses innovations et la notoriété acquise indirectement grâce aux lunettes portées par Emmanuel Macron à Davos, l’entreprise n’est pas parvenue à retrouver une trajectoire de croissance durable. Lors de la médiatisation du modèle, Dalloz Creations avait publiquement salué cette exposition internationale et souligné la qualité de sa collaboration avec Henry Jullien.
Cependant, les difficultés économiques étaient déjà bien installées. Les données financières communiquées dans le cadre de la procédure judiciaire montrent une baisse continue de l’activité. Le chiffre d’affaires, qui atteignait près de 3,8 millions d’euros en 2023, a reculé à environ 3,6 millions d’euros en 2024 avant de chuter à 2,5 millions d’euros en 2025.










