Créée à l’automne à l’initiative de responsables politiques décidés à examiner de près le fonctionnement de l’audiovisuel public, la commission d’enquête poursuit ses travaux dans un climat de plus en plus tendu.

En ligne de mire, certaines figures emblématiques de France Télévisions, dont Nagui, désormais prêt à en découdre publiquement. Mise en place le 28 octobre dernier à la demande de Éric Ciotti, ancien président des Républicains aujourd’hui à la tête du groupe UDR à l’Assemblée nationale, la commission d’enquête sur l’audiovisuel public poursuit ses investigations en ce début de 2026. Son objectif affiché : examiner en détail la gestion financière de France Télévisions, depuis les véhicules de fonction jusqu’aux frais de réception, en passant par les rémunérations d’une direction jugée pléthorique.
Charles Alloncle à la manœuvre
À la tête de ce travail de fond, le rapporteur de la commission, Charles Alloncle, membre de l’UDR, multiplie depuis plusieurs semaines les auditions de personnalités issues de l’audiovisuel public. L’élu a annoncé vouloir passer au crible le « train de vie » de l’entreprise, une démarche qui suscite de vives réactions, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de France Télévisions.
Une audition de Nagui qui crispe
Parmi les personnalités appelées à être entendues figure Nagui, l’un des visages les plus populaires du service public. Une perspective qui ne semble guère l’enthousiasmer, d’autant plus que Charles Alloncle a tenu à son encontre, fin décembre, des propos particulièrement polémiques. L’animateur de N’oubliez pas les paroles n’a pas tardé à réagir.
Une lettre ouverte au ton mordant
Le lundi 5 janvier, Nagui a publié sur Instagram une longue lettre ouverte adressée directement au rapporteur de la commission. Dès les premières lignes, le ton est donné : ironique, piquant, mais résolument offensif. L’animateur se permet une familiarité assumée, laissant entendre qu’il occuperait une place singulière dans l’esprit du député, au vu de la fréquence avec laquelle son nom est cité dans les médias.
« Je hante votre esprit »

Dans ce texte très personnel, Nagui revient sur la phrase qui a mis le feu aux poudres, lorsque Charles Alloncle a affirmé qu’il serait, au cours des dix dernières années, « la personne qui s’est le plus enrichie sur l’argent public ». Une accusation que l’animateur juge infondée et blessante. Il feint d’abord de s’interroger sur le degré d’humour ou de dérision de son interlocuteur, avant de souligner, non sans sarcasme, le caractère prétendument flatteur du portrait ainsi dressé.
Quarante-quatre ans au service du public
Nagui rappelle ensuite la longévité de son parcours au sein du service public. Voilà plus de quatre décennies, affirme-t-il, qu’il travaille avec France Télévisions et France Inter. Il précise être aujourd’hui salarié à la fois dans le public et dans le privé, via le groupe Banijay, estimant que ces éléments sont parfaitement connus de la commission. Une manière de démontrer la transparence de sa situation professionnelle.
Pas salarié de France Télévisions, mais producteur indépendant
Au cœur de sa défense, l’animateur insiste sur un point clé : il n’est pas salarié de France Télévisions. Il travaille avec le groupe public par l’intermédiaire de sa société Air Productions, fondée en 1993. Il rappelle également avoir participé à de nombreuses émissions caritatives sans percevoir la moindre rémunération, afin de balayer toute idée d’enrichissement opportuniste.
Emplois, salaires et rentabilité

Dans un passage très argumenté, Nagui met en avant l’impact économique de ses activités. Air Productions produirait environ 300 heures de programmes par an, permettant d’éditer près de 10 000 bulletins de salaire chaque année. Il insiste sur la différence fondamentale entre « empocher » et « embaucher », affirmant employer des centaines de professionnels dont le travail, à moindre coût, génère de l’audience et donc des recettes pour le service public.
Une attaque personnelle ressentie comme discriminante
Mais la lettre prend ensuite une tournure plus grave. Nagui s’interroge sur les motivations profondes de Charles Alloncle, évoquant des soupçons de ressentiment personnel. Il cite, avec prudence mais fermeté, des rumeurs concernant des prises de position passées du député sur les réseaux sociaux, faisant référence à des propos à caractère raciste ou xénophobe qu’il dit avoir lui-même subis au cours de sa vie.
Le harcèlement en ligne en toile de fond
L’animateur affirme également avoir été « jeté en pâture à la vindicte populaire », expliquant que les déclarations du député auraient déclenché une vague de haine et de harcèlement en ligne à son encontre. Pour lui, cette situation dépasse largement le cadre d’un débat légitime sur l’audiovisuel public et touche directement à sa dignité personnelle.
La menace d’un recours en justice
En conclusion, Nagui prévient qu’il pourrait porter l’affaire devant les tribunaux. Lassé des réseaux sociaux et des polémiques médiatiques, il propose à son interlocuteur de se retrouver face à « un vrai tribunal », seul espace qu’il juge légitime pour trancher ce type d’accusations. Une mise en garde claire, qui laisse présager une confrontation tendue lors de la future audition.










