Une semaine après l’incendie meurtrier du bar Le Constellation à Crans-Montana, la colère et l’impatience dominent chez les proches des victimes.

Alors que l’enquête se poursuit, l’avocat de plusieurs familles hausse le ton et réclame des mesures fortes, dénonçant ce qu’il considère comme de graves dysfonctionnements et une inertie judiciaire préoccupante.
Dans une interview accordée au Parisien, Me Sébastien Fanti, conseil de plusieurs familles endeuillées, annonce vouloir demander l’arrestation des gérants du bar Le Constellation. Pour l’avocat, la situation actuelle est incompréhensible au regard de l’ampleur du drame : 40 morts et 116 blessés lors de l’incendie survenu à Crans-Montana. Bien qu’une enquête pénale soit ouverte pour homicide et lésions corporelles par négligence, ainsi que pour incendie par négligence, le couple de gérants français n’a, à ce stade, fait l’objet d’aucune mesure de détention ou d’assignation.
Une procédure jugée trop lente

Me Sébastien Fanti affirme vouloir se constituer partie civile et réclamer des actes forts, y compris à l’encontre de responsables locaux. Il dénonce une forme d’entre-soi dans la station valaisanne, estimant que certaines décisions ne seront jamais prises car « tout le monde joue au golf ensemble ». L’avocat se montre particulièrement critique envers le parquet, soulignant qu’aucune perquisition n’a encore été menée dans cette affaire pourtant dramatique.
Des manquements de sécurité déjà reconnus
Les premières conclusions de l’enquête pointent des défaillances préoccupantes dans les contrôles de sécurité. La commune de Crans-Montana a reconnu un manquement dans les inspections du bar Le Constellation entre 2020 et 2025, alors même que plus de 14 000 contrôles incendie ont été réalisés sur le territoire communal en une seule année. Une anomalie majeure aux yeux de l’avocat des victimes.
« Tout le monde savait »
Selon Me Fanti, l’absence de contrôles n’avait rien d’un secret dans la station. Il affirme que les professionnels du secteur savaient que l’établissement échappait aux inspections régulières, sans comprendre pourquoi. Cette situation alimente aujourd’hui les soupçons d’un traitement particulier, voire d’une complaisance prolongée.
Des causes techniques encore à confirmer

Les enquêteurs s’intéressent notamment à l’utilisation de bougies dites “fontaines”, qui auraient embrasé le plafond du sous-sol. La conformité des travaux réalisés en 2015, les matériaux employés, les voies de secours et les moyens d’extinction sont au cœur des investigations. Une mousse insonorisante installée au plafond, suspectée de s’être enflammée très rapidement, fait également l’objet d’analyses approfondies.
Les propriétaires se disent « dévastés »
De leur côté, les gérants du Constellation affirment coopérer pleinement avec la justice. Dans un communiqué, leur première prise de parole publique depuis l’ouverture de l’enquête, ils se disent « dévastés et envahis par le chagrin », assurant qu’ils ne chercheront pas à se soustraire aux investigations en cours.
Un profil qui interroge
Me Sébastien Fanti dresse un portrait sévère de l’un des propriétaires, qu’il qualifie de « personnage trouble ». Il s’interroge sur l’origine des fonds ayant permis l’acquisition de biens immobiliers pour plusieurs millions de francs suisses, sans recours à l’hypothèque. L’avocat souligne l’absence, dans le canton du Valais, d’un équivalent de Tracfin, ce qui, selon lui, empêche toute vérification sur la provenance des capitaux.










