Provocateur, charmeur, parfois excessif, Doc Gynéco reste l’une des figures les plus singulières du rap français.

Adulé puis décrié, adulé encore par la nostalgie, il a marqué les années 1990 d’une empreinte durable. Entre génie musical et dérive médiatique, retour sur le parcours contrasté d’un artiste devenu personnage.
En 1996, Doc Gynéco bouleverse le paysage du rap français avec Première consultation. Un album devenu culte, encore considéré en 2025 comme un classique du genre. À contre-courant d’un rap alors très politisé ou frontal, il impose un style plus sensuel, nonchalant, influencé par le G-Funk américain, avec des refrains chantés et une approche résolument grand public. Le rappeur parle d’amour, de désir, de rue aussi, mais toujours avec un ton inédit qui élargit considérablement l’audience du rap hexagonal.
Bruno Beausir, l’homme derrière le personnage
De son vrai nom Bruno Beausir, l’artiste fait tomber plusieurs barrières dès le milieu des années 1990. Il devient l’un des premiers rappeurs à dialoguer avec la variété française sans renier ses racines, au point d’être écouté bien au-delà du public hip-hop. À l’époque, ses titres oscillent entre provocation assumée et mélancolie urbaine, plaçant Doc Gynéco dans une position unique, entre les mastodontes NTM et IAM.
Une carrière musicale vite éclipsée

Malgré cet impact initial, la suite de sa discographie peine à retrouver l’éclat de ses débuts. Hormis la compilation Liaisons Dangereuses, véritable passerelle entre rap et variété, les albums suivants s’installent progressivement dans un relatif oubli. La raison tient autant à l’évolution du rap français qu’à l’omniprésence médiatique du personnage Doc Gynéco, qui finit par prendre le pas sur l’artiste. Une forme d’auto-sabotage, où la notoriété télévisuelle dévore peu à peu la crédibilité musicale.
Un virage médiatique controversé
Dans les années 2000, Doc Gynéco devient une figure récurrente de la télévision, parfois plus connue pour ses prises de position que pour ses morceaux. Son soutien affiché à Nicolas Sarkozy choque une partie de son public et lui vaut une exposition moqueuse, jusqu’à devenir un personnage caricaturé dans Les Guignols de l’info. À cette époque, le rappeur semble se transformer en une version amplifiée – et parfois gênante – de lui-même.
De la politique à la télévision grand public
À la fin des années 2010, Doc Gynéco refait surface, non pas par la musique, mais comme chroniqueur chez Cyril Hanouna dans Touche pas à mon poste. Une exposition qui renforce l’idée d’une “caution banlieue” médiatique, mais qui accentue aussi l’impression d’auto-caricature. L’artiste, autrefois avant-gardiste, apparaît désormais figé dans un rôle qui amuse autant qu’il interroge.
Le Doc, lover assumé et provocateur lucide

Pourtant, il fut un temps où Doc Gynéco incarnait une audace artistique rare. Sur Première consultation, il enchaîne morceaux crus et titres plus introspectifs, passant de Ma Salope à moi à Nirvana avec une facilité déconcertante. Un rappeur à la fois salace et sensible, capable de rivaliser avec les plus grands de l’époque, tout en imposant une identité singulière, plus proche d’un crooner urbain que d’un rappeur militant.
Une phrase devenue culte
En février 1996, lors d’une rencontre improvisée dans Paris Dernière sur Paris Première, Thierry Ardisson lui pose une question restée célèbre : « Pourquoi on t’appelle Doc Gynéco ? ». Réponse immédiate du rappeur : « Je suis l’homme que toutes les femmes ont en commun ». Une formule qui résume à elle seule le personnage : charmeur, provocateur, conscient de son image et déjà en train de la façonner.










