Longtemps relégué au rang de curiosité scientifique, le microbiote intestinal s’impose aujourd’hui comme un acteur central de notre santé.

Une étude récente remet en lumière une enzyme méconnue, la FeFe-hydrogénase, et révèle son rôle clé dans la fermentation intestinale, avec des implications potentielles pour le diagnostic de maladies chroniques.
Des chercheurs ont analysé plus de 300 génomes fécaux et 102 biopsies intestinales, complétés par des cultures en laboratoire sur 19 souches bactériennes. Leur attention s’est portée sur la FeFe-hydrogénase, une enzyme jusqu’ici peu étudiée, mais qui se révèle déterminante dans la chimie du microbiote.
Treize des souches observées produisent d’importantes quantités de dihydrogène (H₂) grâce à cette molécule. Cette réaction permet aux bactéries de transformer les sucres en acides gras à chaîne courte, réputés bénéfiques pour l’organisme. Le H₂ libéré devient alors une ressource pour d’autres micro-organismes, créant un véritable système d’échanges au sein de l’intestin.
Un marqueur potentiel d’un microbiote équilibré

Les auteurs soulignent que cette hydrogénase est présente chez 62 % des bactéries intestinales isolées chez des sujets en bonne santé. Elle constituerait ainsi une signature enzymatique du microbiote sain, beaucoup plus active que d’autres enzymes longtemps considérées comme responsables de la production d’hydrogène.
Cette découverte remet en question les modèles classiques de fermentation intestinale et ouvre la voie à une lecture plus fine de l’équilibre microbien.
Un lien observé avec la maladie de Crohn
En comparant les données de 871 personnes en bonne santé à celles de 790 patients atteints de pathologies chroniques, notamment la maladie de Crohn, les chercheurs ont constaté une chute marquée des gènes associés à cette hydrogénase.
Chez les patients atteints de Crohn, ces molécules sont 2,3 fois moins présentes, remplacées par d’autres enzymes liées à des déséquilibres microbiens. Cette corrélation suggère que la présence ou l’absence de la FeFe-hydrogénase pourrait refléter l’état global du microbiote.
Vers de nouveaux outils de diagnostic ?

Les chercheurs restent prudents : la corrélation ne prouve pas encore la causalité. D’autres études cliniques seront nécessaires. Mais la piste est prometteuse, d’autant que des tendances similaires apparaissent dans d’autres maladies chroniques comme le diabète de type 2, la cirrhose ou le cancer colorectal. Cette enzyme pourrait devenir un indicateur précoce de troubles digestifs, voire un outil de suivi de la santé intestinale.
Au-delà du diagnostic, cette découverte ouvre des perspectives nouvelles. Des probiotiques enrichis en bactéries productrices de FeFe-hydrogénase, des tests respiratoires ou salivaires, voire des interventions ciblées sur l’équilibre enzymatique du microbiote sont envisagés.
Le dihydrogène produit dans l’intestin pourrait également influencer la composition des acides gras, la régulation de la bile et les mécanismes inflammatoires. Ce gaz, longtemps considéré comme un simple résidu digestif, pourrait jouer un rôle antioxydant et protecteur.










