La France n’a jamais aussi peu fait d’enfants depuis l’après-guerre. Face à une natalité en chute libre, un rapport parlementaire publié le 11 février 2026 propose un véritable changement de cap.

Son rapporteur, le député Horizons Jérémie Patrier-Leitus, défend une refonte ambitieuse de la politique familiale pour lever les freins matériels et répondre au désir d’enfant toujours présent chez les Français.
Les chiffres sont sans appel. En 2025, la France a enregistré 644 000 naissances, soit une baisse de 24 % par rapport à 2010, selon l’Insee. Il s’agit du niveau le plus faible observé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. La tendance, amorcée il y a plus de quinze ans, s’est accélérée ces dernières années.
Pour Jérémie Patrier-Leitus, ce décrochage ne traduit pas une disparition du désir d’enfant. Il souligne au contraire un écart persistant entre l’envie exprimée par les Français — environ deux à 2,3 enfants par femme — et l’indice de fécondité réel, aujourd’hui à 1,55. Le problème ne serait donc pas culturel, mais structurel.
Un versement familial unique à 250 euros

Parmi les 37 propositions du rapport figure une mesure phare : la création d’un versement familial unique de 250 euros par mois et par enfant, dès le premier et jusqu’à 20 ans. Cette aide serait universelle, sans condition de ressources, et remplacerait plusieurs dispositifs existants jugés complexes et illisibles.
Le député insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’ajouter une prestation supplémentaire, mais de fusionner les aides budgétaires actuelles — à l’exception des dispositifs liés aux modes de garde. L’objectif affiché est double : simplifier la politique familiale et la rendre plus lisible pour les ménages.
Cette réforme représenterait un surcoût estimé entre 5 et 10 milliards d’euros. Mais selon son promoteur, la politique familiale mobilise déjà environ 110 milliards d’euros par an, soit 5 % du PIB. Il s’agirait donc, selon lui, de mieux orienter la dépense publique plutôt que de l’augmenter massivement.
Logement et modes de garde : des freins majeurs
Au-delà de l’allocation, le rapport met en avant d’autres leviers. Le logement est présenté comme une variable d’ajustement directe de la natalité, certains couples renonçant à un enfant faute d’espace adapté. La mission propose ainsi la mise en place d’un prêt à taux zéro accessible à chaque naissance, notamment pour les classes moyennes.
Les modes de garde constituent un autre obstacle central. Places insuffisantes, coûts élevés, manque de personnel : autant de facteurs qui compliquent les projets parentaux. Le texte plaide pour une transformation en profondeur du secteur et une amélioration de la rotation dans le parc social pour favoriser l’accès aux logements familiaux.
Vers un congé parental unifié

Le rapport propose également une réforme ambitieuse des congés liés à la naissance. L’idée est de fusionner congé maternité, paternité et parental en un dispositif unifié et partageable entre les deux parents. Ce congé se déclinerait en deux phases : une période d’accueil d’un an, rémunérée proportionnellement au salaire, puis une phase d’accompagnement forfaitaire jusqu’à l’entrée en maternelle.
Le congé maternité prénatal serait maintenu. L’objectif est d’adapter les dispositifs aux évolutions du monde du travail et aux nouvelles aspirations des couples en matière de partage des responsabilités.
Une réforme avant 2027 ?
Reste la question du calendrier politique. Certaines mesures structurantes, comme le versement unique, pourraient nourrir la campagne présidentielle de 2027. D’autres dispositions, en revanche, pourraient être mises en œuvre plus rapidement, selon le député, qui se dit prêt à travailler avec l’exécutif.
Les sociologues rappellent toutefois que la politique familiale n’explique pas à elle seule les évolutions démographiques. Pour Jérémie Patrier-Leitus, son efficacité repose sur deux conditions : l’existence d’un désir d’enfant — qu’il estime toujours fort en France — et l’adaptation des dispositifs aux réalités contemporaines.










