Le marché mondial de l’ameublement traverse une zone de turbulences inédite.

Entre ralentissement économique, mutations des modes de vie et révolution du commerce en ligne, les géants historiques vacillent. Tandis qu’Ikea ferme des magasins en Chine, une enseigne danoise avance ses pions en Europe avec une promesse simple : design nordique, prix serrés, efficacité assumée.
Le symbole est fort : IKEA a annoncé la fermeture de plusieurs magasins en Chine, un marché pourtant stratégique depuis des années. Cette décision, qui concerne sept établissements sur quarante-et-un, illustre la pression que subissent aujourd’hui les grandes chaînes internationales face aux bouleversements économiques et sociétaux.
Dans certaines villes, des magasins récents ont vu leur fréquentation chuter brutalement. Les allées autrefois animées se vident, révélant l’ampleur du ralentissement de la demande. Les salariés, eux, se retrouvent confrontés à une incertitude professionnelle inattendue, dans un secteur longtemps perçu comme stable.
La crise immobilière chinoise, effet domino sur l’ameublement
Ce recul s’explique en grande partie par la crise persistante du marché immobilier chinois. Moins d’achats de logements signifie mécaniquement moins de besoins en ameublement. L’équation est simple : sans nouveaux foyers, la demande en mobilier s’effondre.
À cela s’ajoute une transformation profonde des modes de vie. La baisse du nombre de mariages et la natalité en recul modifient les comportements d’achat. Les jeunes générations remettent en question le modèle traditionnel du foyer familial, ce qui impacte directement les volumes de vente des enseignes spécialisées.

Le retard pris face au commerce en ligne
Parallèlement, l’explosion du e-commerce a rebattu les cartes. Des plateformes numériques proposent des meubles similaires, parfois à moindre coût, livrés rapidement. La comparaison des prix et des matériaux, devenue instantanée, fragilise les acteurs historiques qui reposaient encore largement sur l’expérience en magasin.
Pour s’adapter, Ikea a tenté de développer des formats plus compacts en centre-ville. Mais certains mastodontes, comme le vaste magasin de Baoshan à Shanghai, n’ont pas résisté à cette nouvelle réalité économique.
L’ascension discrète de JYSK en Europe
Pendant que le géant suédois gère ses difficultés en Asie, une marque danoise gagne du terrain en Europe : JYSK. Moins médiatisée, l’enseigne séduit par un positionnement clair. Un style nordique assumé, des matériaux naturels et des prix très compétitifs constituent le cœur de son attractivité.
Contrairement à Ikea, qui a diversifié ses univers esthétiques au fil des années, JYSK a choisi la cohérence. Les collections misent sur le bois, le lin, des lignes épurées et un renouvellement régulier des références pour encourager l’achat d’impulsion.
Des prix qui bousculent les habitudes des consommateurs

L’un des leviers majeurs de JYSK réside dans sa politique tarifaire agressive. Promotions fréquentes, réductions importantes, produits décoratifs à quelques euros : l’enseigne parle directement au pouvoir d’achat des ménages européens.
Tables basses, textiles, accessoires de décoration… l’offre vise des achats rapides, accessibles, sans l’engagement financier souvent associé à l’ameublement traditionnel.
Une implantation française qui change la donne
En France, JYSK a accéléré son développement avec plusieurs dizaines de magasins répartis sur le territoire. Le site internet complète efficacement ce maillage physique grâce au click & collect et à la livraison à domicile. Ce modèle hybride, souple et pragmatique, correspond parfaitement aux nouvelles habitudes d’achat.
Les consommateurs peuvent ainsi consulter les collections en ligne, comparer, puis se rendre en magasin pour voir les produits, à la manière des grandes enseignes, mais avec une approche plus directe et moins labyrinthique. Ce qui se joue actuellement dépasse la simple concurrence entre deux marques. C’est toute la logique de l’ameublement grand public qui est en train d’évoluer, sous l’effet des contraintes économiques et des nouvelles attentes des clients.










