L’humour paraît difficilement compatible avec un classement universel. Une plaisanterie irrésistible pour une personne peut laisser une autre totalement indifférente. La langue, l’âge, la culture ou encore les références personnelles influencent considérablement notre manière de réagir. Pourtant, le psychologue britannique Richard Wiseman a lancé en 2001 une vaste expérience destinée à étudier les mécanismes du rire.
Baptisé LaughLab, le projet reposait sur la participation du public par Internet. Les internautes étaient invités à proposer leurs plaisanteries préférées, mais également à évaluer celles soumises par les autres participants. L’objectif consistait à constituer une immense base permettant d’observer quels types de blagues obtenaient les réactions les plus favorables auprès d’un large public.
L’expérience a pris une ampleur considérable. Des dizaines de milliers de plaisanteries ont été soumises et un très grand nombre d’évaluations ont été recueillies auprès de participants issus de nombreux pays. Il devenait alors possible d’étudier non seulement les histoires les mieux notées, mais également les différences de préférences entre les publics.

Au terme de cette expérience, une plaisanterie mettant en scène deux chasseurs s’est imposée parmi celles obtenant les meilleurs résultats globaux. Son efficacité semblait notamment tenir à une construction particulièrement simple : une situation immédiatement compréhensible suivie d’un retournement totalement inattendu.
L’histoire raconte que deux chasseurs se trouvent dans une forêt lorsque l’un d’eux s’effondre soudainement. Son compagnon, persuadé qu’il est mort, appelle les secours. L’opérateur lui demande alors de commencer par vérifier avec certitude que son ami est bien décédé. Après un court silence, un coup de feu retentit, puis le chasseur reprend tranquillement la conversation pour demander ce qu’il doit faire ensuite.
Toute l’efficacité de la plaisanterie repose sur le double sens de l’instruction. L’opérateur demande simplement au chasseur de s’assurer de l’état de son compagnon, alors que celui-ci interprète la consigne de manière complètement littérale et absurde.
