Ministre fidèle, femme de poigne, oratrice redoutable et experte en manœuvres politiques : Rachida Dati n’a jamais quitté le devant de la scène. Entre loyauté à Sarkozy, piques médiatiques et confidences inattendues, l’actuelle ministre de la Culture incarne une figure politique aussi clivante qu’inaltérable.
Rachida Dati incarne l’archétype de la loyauté politique stratégique. Dès le début des années 2000, elle s’impose dans le sillage de Nicolas Sarkozy, alors en pleine préparation de sa conquête de l’Élysée. Conseillère efficace, porte-parole habile, elle devient l’un des rouages essentiels de la machine sarkozyste. Quand ce dernier accède à la présidence en 2007, il récompense sa fidélité en la nommant ministre de la Justice, une première pour une femme d’origine maghrébine.
À ce poste, elle mène une politique sécuritaire marquée par l’instauration des peines planchers et la réforme du droit des mineurs. Ferme, déterminée, elle incarne une version française de Margaret Thatcher, n’hésitant pas à assumer des positions clivantes, voire brutales.
Une femme politique sans filtre… parfois à ses dépens
Rachida Dati manie la langue de bois avec aisance, mais se distingue surtout par sa propension à égratigner ses interlocuteurs. Audrey Crespo-Mara en a fait les frais après une question jugée déplacée, tout comme Élise Lucet, sèchement rembarrée lors d’un échange tendu. Dati n’a jamais redouté l’affrontement : elle assume ses colères, ses prises de bec, et cultive cette image d’élue franche jusqu’à l’excès.
Mais cette spontanéité la rend aussi vulnérable à la moquerie. Elle est devenue involontairement célèbre pour deux lapsus à connotation sexuelle, restés dans les mémoires collectives : « gode civil » au lieu de « code civil » et « fellation » au lieu d’« inflation ». Des bourdes reprises en boucle dans les zappings télé, renforçant malgré elle une notoriété médiatique mi-sérieuse, mi-burlesque.
Une proximité ambiguë avec Sarkozy
Les liens entre Nicolas Sarkozy et Rachida Dati ont longtemps suscité les rumeurs les plus folles. En 2021, les journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme publient Histoire secrète de la droite française, où ils évoquent une possible liaison entre l’ancien président et son ex-ministre. Une allégation qui ne manque pas de raviver les spéculations.
Dati, fidèle à sa manière directe, balaie la rumeur d’un revers : « Sarko, on a dit qu’on avait couché ensemble. Mais c’est absurde ! Je connais tout de lui, mais je ne suis pas du tout son type. » Et d’enchaîner sur un ton plus personnel : « On a une vraie amitié, il m’aime beaucoup, et il m’aime pour de vrai. »
L’amitié politique y est revendiquée comme un lien de confiance solide, nourri par le respect mutuel et les origines modestes de chacun. Elle rapporte même surnommer Sarkozy « Jean-Claude Dusse », en référence au dragueur malchanceux des Bronzés. Un surnom révélateur d’une complicité teintée d’ironie.
Une ministre macroniste, mais toujours sarkozyste
Depuis janvier 2024, Rachida Dati est ministre de la Culture dans le gouvernement d’Emmanuel Macron, un revirement qui a surpris autant qu’il a divisé. Mais fidèle à son art de la navigation politique, elle affirme cette nouvelle position tout en gardant un attachement assumé à Nicolas Sarkozy, dont elle reste l’héritière dans le style comme dans la méthode.
Dati sait pactiser sans renier. Elle joue des alliances, manie l’ambiguïté avec talent, et conserve une posture de guerrière politique, jamais soumise, toujours offensive. Pour certains, elle incarne un modèle d’ascension. Pour d’autres, elle reste une figure trouble, insaisissable. Mais une chose est sûre : Rachida Dati ne laisse personne indifférent, et c’est peut-être sa plus grande force.