Une position déjà ambiguë en février
Le flou actuel n’est pas une première. En février dernier, lors de l’examen à l’Assemblée d’une proposition de loi écologiste reprenant le mécanisme Zucman, le RN s’était majoritairement abstenu. Aujourd’hui, il ne peut plus éluder la question. Marine Le Pen et ses proches ont donc choisi une voie médiane : promouvoir un impôt sur la fortune financière, ciblant “l’argent qui dort”, mais en excluant les biens professionnels, un choix qui réduit drastiquement l’efficacité du dispositif.
Cette restriction rapproche le RN de la position de l’exécutif. Marine Le Pen justifie son refus de taxer les biens professionnels en expliquant vouloir préserver les entreprises et l’emploi. Mais ce compromis revient, de fait, à neutraliser l’impact du mécanisme proposé par Zucman.
Une convergence inattendue avec Emmanuel Macron

Gabriel Zucman lui-même souligne la proximité entre les arguments du RN et ceux d’Emmanuel Macron. « La position de Marine Le Pen, et du Rassemblement national plus généralement, est la même que celle d’Emmanuel Macron », indique-t-il au HuffPost, rappelant que le Premier ministre Sébastien Lecornu avait invoqué le même argument pour rejeter l’impôt plancher.
Le risque d’exil fiscal avancé par Bardella rejoint également les mises en garde du chef de l’État face à Sophie Binet en mai dernier. Cette similitude fragilise la posture d’opposant revendiquée par le RN, en particulier lorsque les débats budgétaires montrent que le parti a soutenu un amendement macroniste visant à sortir les biens professionnels de l’assiette fiscale.
Une opinion publique largement favorable à la taxe
Cette ambiguïté intervient alors même que l’opinion publique soutient massivement une contribution exceptionnelle des plus riches. D’après un sondage Ifop, 74 % des Français y sont favorables, dont 69 % des électeurs du RN eux-mêmes. Cette adhésion populaire renforce la gauche et place le parti de Marine Le Pen dans une position inconfortable : trop d’alignement avec le gouvernement pourrait décevoir ses électeurs, mais une radicalisation fiscale risquerait de lui aliéner des soutiens économiques.
