En France, le Samu est censé représenter le dernier recours en cas d’urgence vitale. Pourtant, plusieurs drames récents mettent en lumière des failles inquiétantes dans la régulation médicale.
Trois familles endeuillées témoignent d’erreurs d’appréciation, de négligences et de délais fatals qui posent une question dérangeante : peut-on toujours compter sur le 15 ? Le 7 mars 2023, Pierre Tavano appelle le Samu : son fils Paul vient de perdre connaissance et convulse. Au téléphone, le médecin régulateur l’assure que l’enfant “va de mieux en mieux”, tandis que les pompiers, dépourvus de matériel pédiatrique, peinent à intervenir. L’équipe du Samu, initialement envoyée, reçoit l’ordre de faire demi-tour. Quarante minutes plus tard, à l’hôpital de Clocheville, le cœur de Paul lâche définitivement.
Pour son père, le sentiment est amer : « On nous a dit que tout allait bien. En réalité, on ne lui a laissé aucune chance », dénonce-t-il. L’affaire, d’abord classée sans suite, fait aujourd’hui l’objet d’une nouvelle procédure judiciaire.
Alexis Renner, 28 ans : des douleurs ignorées
En mai 2022, Alexis Renner souffre de violentes douleurs thoraciques, vomit et peine à respirer. Son épouse appelle le Samu, mais le médecin régulateur minimise : « Ce n’est probablement pas trop grave », lâche-t-il d’un ton désinvolte. Deux jours plus tard, le père de famille s’effondre devant sa conjointe et ses enfants. Malgré quinze minutes de massage cardiaque, il meurt avant l’arrivée des secours.
Une plainte pénale est déposée, mais le dossier s’enlise. L’hôpital se contente d’évoquer un « événement tragique », tandis que la famille déplore « une chaîne de soins qui n’a jamais pris la mesure du danger ».
Céline Descroix, 38 ans : la parole d’une femme enceinte ignorée
En février 2018, Céline Descroix, enceinte de six mois, appelle le Samu : difficultés respiratoires, douleurs thoraciques, souffle au cœur. Le médecin régulateur, sceptique, lâche une phrase glaçante : « Ce ne serait pas un peu hystériforme son affaire ? ». Quelques heures plus tard, son état empire, mais l’équipe envoyée trop tard ne peut la sauver. Placée dans un coma artificiel, Céline est déclarée en état de mort cérébrale ; son bébé n’a pas survécu non plus.
Après sept ans de combat judiciaire, la Cour de cassation prononce un non-lieu en 2024. Son frère, Jason Nicolas, évoque un « sentiment de mépris » et se dit résigné, tout en appelant à ce que d’autres familles ne subissent pas le même drame.
Des erreurs systémiques qui se répètent
Dans ces trois affaires, un même schéma se dessine : symptômes graves banalisés, délais d’intervention fatals, diagnostics minimisés par téléphone. Pour les proches, ces drames illustrent la fragilité d’un système où la première évaluation dépend d’un échange verbal, parfois entaché de préjugés ou de négligences.
Une confiance fissurée
Ces tragédies ont un point commun : la perte de confiance dans un service qui devrait incarner la réactivité et la sécurité. « Quand on appelle le 15, on espère être pris au sérieux. On ne peut pas se permettre de minimiser des symptômes vitaux », s’insurgent les familles.
Face à la répétition des drames, la question d’une réforme de la régulation médicale et de moyens renforcés revient avec insistance. Car derrière chaque appel manqué, il y a une vie perdue et des familles brisées.