À la veille d’un accord commercial majeur entre l’Union européenne et l’Amérique latine, la grande distribution française affiche une ligne de rupture nette.

Face au traité Mercosur, les enseignes promettent de faire barrage aux importations sud-américaines, affirmant leur volonté de préserver l’agriculture nationale et de rassurer des consommateurs de plus en plus attentifs à l’origine des produits.
Alors que l’Union européenne s’apprête à signer, le 17 janvier au Paraguay, le traité de libre-échange avec les pays du Mercosur, la contestation demeure vive en France. Malgré l’opposition clairement exprimée par Paris, Bruxelles a validé l’accord le 9 janvier dernier, ouvrant la voie à une ratification imminente qui suscite de fortes inquiétudes dans le secteur agricole.
La grande distribution française ferme la porte
Dans ce contexte tendu, les géants français de la grande distribution ont choisi de prendre les devants. Les principales enseignes assurent qu’elles n’intégreront pas les viandes bovines ou volailles issues de cet accord dans leurs rayons, préférant mettre en avant les productions nationales. Une position assumée qui vise à protéger la « Ferme France » face à des produits jugés incompatibles avec les normes sanitaires, environnementales et sociales françaises.

Un engagement revendiqué comme irréversible
Invité sur le plateau des Les 4 Vérités le 12 janvier, Thierry Cotillard, président du groupement Les Mousquetaires, a tenu un discours sans ambiguïté. Il a réaffirmé un refus total d’acheter des produits issus du Mercosur, y compris pour les recettes de marques distributeur, affirmant que cette position était partagée par Carrefour, Système U et E.Leclerc.
Carrefour met en avant son ancrage national
Chez Carrefour, la stratégie est déjà bien rodée. Son PDG, Alexandre Bompard, a rappelé sur BFMTV que l’approvisionnement du groupe repose quasi exclusivement sur des filières françaises, avec 100 % de la volaille, 97 % du bœuf et la totalité du porc issus de l’Hexagone. Selon lui, l’accord Mercosur ne modifiera en rien cette politique d’achat.

Même fermeté du côté de Coopérative U. Son dirigeant, Dominique Schelcher, refuse toute importation de produits agricoles ne respectant pas les standards français. Il insiste sur l’incompatibilité entre certaines pratiques sud-américaines et les exigences sanitaires ou sociales imposées aux agriculteurs français, dénonçant une concurrence jugée déloyale.
Les inquiétudes persistent du côté des industriels
Si les rayons des supermarchés semblent, à ce stade, protégés, une zone grise demeure concernant les produits transformés. Les distributeurs redoutent un manque de transparence dans la composition des plats préparés ou des menus de restauration collective. Comme le souligne Le Parisien, Dominique Schelcher reconnaît ne pas pouvoir contrôler chaque ingrédient utilisé par les industriels.
Thierry Cotillard pose, lui aussi, une interrogation clé : si les distributeurs refusent d’acheter directement ces produits à l’étranger, quelle sera la stratégie des industriels ? Cette incertitude nourrit les craintes d’une entrée indirecte des denrées issues du Mercosur dans la chaîne alimentaire française, malgré les engagements affichés en amont.










