À Paris, le procès en appel des assistants parlementaires du Front national s’est ouvert sous haute tension politique.

Dès sa première prise de parole, Marine Le Pen a voulu poser un cadre clair : celui d’une dirigeante qui conteste toute intention frauduleuse et espère convaincre la cour, alors que son avenir électoral reste suspendu à l’issue de cette procédure.
Mardi 13 janvier, Marine Le Pen a affirmé n’avoir « aucun sentiment d’avoir commis le moindre délit » lors de l’embauche d’assistants parlementaires entre 2004 et 2014. Face à la cour d’appel de Paris, la cheffe de file du Rassemblement national a insisté sur l’absence totale d’intentionnalité, précisant que, « si tant est qu’une faute ait été commise », elle ne saurait relever d’une volonté délibérée de fraude.
Une mise en cause directe du Parlement européen
Dans une formule jusqu’ici inédite dans sa défense, Marine Le Pen a estimé que le Parlement européen avait failli à son rôle de contrôle et d’alerte. Selon elle, l’institution connaissait parfaitement les éléments constitutifs des contrats litigieux liant les assistants parlementaires au parti. Elle a martelé que rien n’avait été dissimulé, affirmant que les pratiques reprochées étaient visibles et connues des services européens.

Le cœur du dossier : les assistants parlementaires
Au centre de l’affaire, des assistants rémunérés par des fonds du Parlement européen, mais soupçonnés d’avoir travaillé prioritairement, voire exclusivement, pour le Front national devenu RN. La justice reproche au parti d’avoir mis en place un véritable “système”, destiné à détourner les enveloppes allouées aux eurodéputés pour financer des activités partisanes nationales, hors du cadre strict des fonctions européennes.
Un enjeu politique majeur pour 2027
Cette procédure dépasse largement le seul terrain judiciaire. Marine Le Pen joue une part décisive de son avenir politique, après sa condamnation en première instance à cinq ans d’inéligibilité immédiate. Une sanction qui l’empêcherait, à ce stade, de se présenter à l’élection présidentielle de 2027. Avant l’audience, elle s’était dite animée par un « état d’esprit d’espérance », affirmant croire à la possibilité d’être entendue en appel.
Un procès d’un mois sous haute surveillance

L’audience, programmée jusqu’au 11 février, concerne onze prévenus ainsi que le RN en tant que personne morale, jugés par une formation collégiale de trois magistrats. La durée et la solennité de ce procès témoignent de la complexité du dossier, nourri par des années d’enquêtes, d’expertises et de débats juridiques sur la frontière entre activité politique nationale et mandat européen.
Le rappel de la lourde condamnation en première instance
Pour mémoire, le 31 mars 2025, le tribunal correctionnel de Paris avait reconnu Marine Le Pen coupable de détournement de fonds publics. La peine prononcée était particulièrement sévère : quatre ans d’emprisonnement dont deux ferme sous bracelet électronique, 100 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire. Une décision qui avait provoqué un séisme politique.
L’ombre de Jordan Bardella plane sur le RN
En cas de confirmation de l’inéligibilité en appel, Jordan Bardella pourrait être appelé à devenir le candidat du RN à la présidentielle. Une hypothèse qui nourrit déjà les spéculations internes et place ce procès au cœur des équilibres futurs du parti.










