Adopté en 2024, le devoir de vigilance des multinationales est l’un des rares outils juridiques européens à responsabiliser les grandes entreprises sur les violations des droits humains et les atteintes environnementales sur l’ensemble de leur chaîne de production. Or, le 19 mai 2025, à l’occasion du sommet Choose France, Emmanuel Macron a publiquement plaidé pour sa suppression pure et simple.
Pour Manon Aubry, cette position n’est ni anodine ni isolée : c’est une attaque en règle contre des années de combats portés par la société civile, les syndicats, les ONG et une partie des élus européens. Elle y voit un alignement assumé sur les intérêts des géants économiques, au détriment des peuples et de l’écosystème mondial.
Derrière l’argument de la « compétitivité », Manon Aubry dénonce une vision dangereuse et court-termiste de l’économie européenne. Une vision selon laquelle moins de règles rimerait avec plus de croissance, alors qu’en réalité, cela ouvre la voie à davantage d’impunité.
« On veut nous faire croire que la prospérité passe par le sacrifice des droits fondamentaux et des normes écologiques », écrit-elle. Selon l’élue LFI, cette orientation fait écho aux logiques de dérégulation promues dans les années 1980 par Ronald Reagan ou Margaret Thatcher. Un retour en arrière dramatique, alors que le dérèglement climatique et les inégalités explosent à l’échelle mondiale.
Des géants sans entraves
Manon Aubry pointe plusieurs multinationales emblématiques de ces dérives : Shein, accusée de faire travailler ses ouvriers jusqu’à 75 heures par semaine ; Lactalis, régulièrement visée pour des pollutions industrielles ; ou encore Nike, dont les pratiques en matière de sous-traitance ont été maintes fois dénoncées.
Avec un devoir de vigilance fort, ces entreprises pourraient être traduites en justice et contraintes de réparer leurs abus. La volonté d’Emmanuel Macron de saborder cette directive revient, selon l’eurodéputée, à leur offrir un blanc-seing.


