Une nouvelle étude scientifique suggère un lien inattendu entre la santé du col de l’utérus et celle du cœur.

Chez certaines jeunes femmes, des lésions cervicales précoces pourraient annoncer un risque cardiovasculaire plus élevé à long terme. Une découverte qui pousse les chercheurs à reconsidérer la surveillance médicale de ces patientes.
Des scientifiques de l’université de Linköping et de l’Hôpital universitaire Karolinska, en Suède, se sont penchés sur une question encore peu explorée : l’éventuelle relation entre les lésions du col de l’utérus et la santé cardiovasculaire des jeunes femmes. Les chercheurs rappellent que les maladies cardiaques et les cancers représentent aujourd’hui les deux principales causes de mortalité dans le monde. Or, ces deux groupes de maladies partagent plusieurs facteurs de risque biologiques et comportementaux, tels que l’inflammation chronique, certains dérèglements cellulaires ou encore le tabagisme. Selon les spécialistes, ces mécanismes communs pourraient expliquer pourquoi la présence d’une pathologie favorise parfois l’apparition d’une autre.
Les lésions cervicales, souvent ignorées dans les études sur le cœur
Jusqu’à présent, les recherches s’intéressant au lien entre cancer et maladies cardiovasculaires se concentraient principalement sur les adolescents et jeunes adultes ayant déjà développé un cancer. En revanche, les jeunes femmes présentant des lésions précancéreuses du col de l’utérus étaient rarement prises en compte dans ces analyses. Pourtant, une lésion intraépithéliale squameuse de haut grade représente une anomalie importante des cellules du col de l’utérus, généralement provoquée par une infection persistante au papillomavirus humain (HPV). Sans prise en charge adaptée, ce type de lésion peut évoluer vers un cancer du col de l’utérus. Pour les chercheurs, il était donc essentiel de déterminer si ces anomalies cellulaires pouvaient également être associées à d’autres risques de santé, notamment cardiovasculaires.

Une vaste analyse de données sur plus de 60 ans
Afin d’évaluer cette hypothèse, les scientifiques ont analysé les registres nationaux suédois du cancer couvrant une période très longue, allant de 1958 à 2021. Près de 30 000 adolescentes et jeunes adultes âgées de 15 à 24 ans ayant reçu un diagnostic de lésions cervicales ont été identifiées dans ces bases de données. Leur état de santé a ensuite été comparé à celui d’un groupe témoin composé de plus de 149 000 personnes du même âge ne présentant aucune anomalie cervicale. À l’aide d’un modèle statistique spécialement conçu pour ce type d’étude épidémiologique, les chercheurs ont examiné la fréquence des maladies cardiovasculaires chez ces deux populations afin d’identifier d’éventuelles différences significatives.
Un risque cardiovasculaire plus élevé chez les jeunes patientes
Les résultats, publiés dans la revue scientifique JAMA Oncology, montrent que les femmes de moins de 25 ans ayant des antécédents de lésions cervicales présentent un risque accru de maladies cardiovasculaires. Parmi les pathologies observées plus fréquemment dans ce groupe figurent l’infarctus du myocarde, l’insuffisance cardiaque ou encore certaines maladies cérébrovasculaires, telles que les accidents vasculaires cérébraux. Les chercheurs ont également constaté que les antécédents familiaux jouaient un rôle aggravant, notamment lorsque l’un des parents avait déjà souffert d’une maladie cardiovasculaire. Cette association suggère que plusieurs facteurs, à la fois génétiques et environnementaux, pourraient contribuer à expliquer cette vulnérabilité accrue.
Des facteurs de risque comportementaux également impliqués

Au-delà des mécanismes biologiques, l’étude souligne également l’influence de certains comportements sur la santé cardiovasculaire des participantes. Les données montrent notamment que les femmes infectées par le papillomavirus humain étaient plus susceptibles de fumer ou de présenter un excès de poids. Or, ces deux éléments sont reconnus depuis longtemps comme des facteurs majeurs de maladies cardiaques. Selon les chercheurs, il est donc possible que les lésions cervicales et les maladies cardiovasculaires partagent des déterminants communs liés au mode de vie, ce qui expliquerait en partie leur association observée dans l’étude.
Une mortalité légèrement plus élevée chez les femmes concernées
Au cours de la période de suivi, les scientifiques ont également observé des différences concernant la mortalité. Environ 3,1 % des jeunes femmes ayant présenté une lésion cervicale de haut grade sont décédées, contre 2,1 % dans le groupe témoin. Les causes de décès les plus fréquentes étaient l’infarctus du myocarde et la mort subite cardiaque. D’autres événements graves ont également été recensés, notamment le syndrome de détresse respiratoire aiguë ou certains accidents traumatiques. Concernant les décès liés au cancer, ils restent relativement rares dans cette population jeune, mais ils apparaissent tout de même plus fréquents chez les patientes ayant des antécédents de lésions cervicales.
Les cancers observés après plusieurs années de suivi
Les chercheurs ont également analysé les types de cancers diagnostiqués chez les participantes plusieurs années après la découverte de leurs lésions cervicales. Après cinq ans de suivi, les cancers de la peau, du sein et du poumon figuraient parmi les plus fréquents. Toutefois, lorsqu’un décès lié au cancer survenait, il était le plus souvent associé à des tumeurs malignes du système digestif. Ces résultats montrent que le parcours de santé des jeunes femmes ayant présenté des lésions cervicales peut être marqué par plusieurs risques médicaux à long terme, même si la majorité d’entre elles ne développeront pas de complications graves.










