Quelques minutes avant que le feu ne ravage le bar Le Constellation, des images de vidéosurveillance figées soulèvent aujourd’hui de lourdes interrogations.

Transmises par le co-gérant lors de sa première audition, elles constituent désormais une pièce centrale de l’enquête sur l’un des drames les plus meurtriers de la nuit du Nouvel An en Suisse.
Le 1ᵉʳ janvier, au lendemain de l’incendie qui a frappé le bar Le Constellation à Crans-Montana, Jacques Moretti est entendu une première fois par les enquêteurs. Lors de cette audition, il remet spontanément des images issues du système de vidéosurveillance, affirmant que celui-ci se serait bloqué quelques minutes avant le départ de feu. Ces images, que BFMTV a pu consulter, montrent une activité figée à 1h23 du matin, soit cinq minutes avant l’appel aux pompiers.
Une soirée figée à 1h23
Sur l’une des captures, la caméra numéro 1 montre une scène banale de fête : une table encombrée de bouteilles, des jeunes gens qui dansent, une ambiance de Nouvel An encore intacte. À 1h23, tout semble normal, mais l’enregistrement ne va pas plus loin. Selon Jacques Moretti, le système se serait totalement bloqué à cet instant précis, l’empêchant de revenir en arrière ou d’accéder à d’autres séquences enregistrées.
Un système de surveillance devenu inaccessible

Face aux enquêteurs, le co-gérant explique avoir tenté d’accéder aux images depuis son téléphone portable, sans succès. Il affirme n’avoir obtenu que des instantanés figés, sans possibilité de consulter les vidéos complètes, laissant planer le doute sur un éventuel dysfonctionnement technique. Il précise également avoir transmis les coordonnées du commercial de la société chargée de la vidéosurveillance, évoquant la possibilité que les images soient stockées sur un cloud externe.
Un sous-sol bondé, un rez-de-chaussée presque vide
Les rares images exploitables donnent un aperçu contrasté des lieux. Le rez-de-chaussée apparaît relativement calme, tandis que le sous-sol semble, lui, bondé de clients. Sur l’une des captures de la caméra 7, on distingue clairement Théo, le DJ de l’établissement, qui figure parmi les victimes décédées dans l’incendie. Cette présence massive au sous-sol interroge sur les conditions d’évacuation lorsque le feu s’est déclaré.
Une sortie de secours potentiellement obstruée
L’élément le plus troublant apparaît sur une image issue de la caméra 9. On y distingue un couloir vide menant à une issue de secours, partiellement bloquée par une chaise. Selon plusieurs anciens salariés interrogés par BFMTV, il s’agirait de la seconde sortie de secours du sous-sol, la première étant l’escalier principal. La présence de cet obstacle laisse craindre que des personnes cherchant à fuir aient été confrontées à une entrave au moment critique.

Des questions majeures sur la sécurité
Si l’image est floue, la position de la chaise devant la porte de secours soulève de graves questions sur le respect des normes de sécurité et sur la gestion des flux de clients lors de cette soirée particulièrement fréquentée. Elle alimente l’hypothèse selon laquelle l’évacuation aurait été rendue plus difficile, voire impossible, pour certains occupants du sous-sol.
Une enquête qui se resserre autour des responsabilités
Au moment de cette première audition, aucune procédure n’est encore engagée contre Jacques Moretti. La situation évoluera rapidement. Ce mercredi, sa femme et co-gérante, Jessica Moretti, est de nouveau entendue par les enquêteurs, cette fois sur le fond du dossier, au lendemain de l’audition de son époux, désormais placé en détention. Les parties civiles, de leur côté, dénoncent déjà la lenteur et la complexité de l’instruction.










