Pour Albert Corrieri, ce combat est avant tout une affaire de mémoire et de justice morale. Employé dans un restaurant du Vieux-Port à Marseille avant sa déportation, il avait été envoyé à 20 ans dans une usine allemande de charbon à Ludwigshafen. Il y conserve une blessure au bras causée par un bombardement allié, qui tua l’un de ses camarades. Aujourd’hui, il le répète : « l’argent, tant pis si on ne me le donne pas », mais il veut aller au bout de son engagement.
Son avocat appelle désormais à la création d’un fonds d’indemnisation spécifique, estimant que le STO constitue un crime contre l’humanité encore insuffisamment reconnu. Selon l’Association nationale pour la mémoire du travail forcé, il ne resterait plus qu’une poignée de survivants du STO en France, peut-être une dizaine à peine.
Entre 1943 et 1945, près de 650 000 Français ont été contraints de partir travailler en Allemagne pour soutenir l’effort de guerre nazi. Pendant longtemps, ces hommes ont été les oubliés de la mémoire nationale, souvent considérés comme collaborateurs ou lâches, en opposition aux résistants. Ce n’est que tardivement que leur situation a été reconnue par les institutions, mais sans mesure aussi visible que celle accordée aux déportés raciaux ou politiques.
