Ce soir-là, le plateau évoquait un fait divers survenu à Nantes impliquant deux ressortissants soudanais, en élargissant le débat à l’insécurité perçue en France. Pour appuyer son propos, la présentatrice a cité un classement international issu du site participatif Numbeo, plaçant la France 27e sur 29 pays les plus sûrs, derrière le Mexique.
Une enquête jugée non fiable, mais présentée comme vérité
Le cœur du problème ? L’origine et la présentation des données. Le classement utilisé n’était pas issu d’une étude scientifique reconnue, mais d’un sondage en ligne sans méthodologie rigoureuse, alimenté par des internautes anonymes. Or, ni la source ni les biais de l’enquête n’ont été précisés à l’antenne.
« La présentatrice a détaillé ces résultats sans indiquer comment ils avaient été obtenus, ni émettre de réserve sur leur méthodologie », note le Conseil d’État. L’émission a ainsi véhiculé l’idée d’un “déclassement” sécuritaire de la France en s’appuyant sur des données contestables, sans distance critique.
L’Arcom soutenue dans sa décision
En validant la sanction, la haute juridiction rappelle que la chaîne a violé ses obligations contractuelles, en particulier celles liées à l’honnêteté, à la rigueur de l’information et au pluralisme des points de vue. Même si d’autres émissions de la chaîne avaient, par la suite, pris des précautions sur cette même enquête, cela ne saurait excuser le manquement du 26 septembre 2022.
Les chroniqueurs présents n’ont pas non plus nuancé les propos, renforçant ainsi un discours alarmiste sur « une désagrégation généralisée » ou « une insécurité devenue norme sociale ».
Pas d’atteinte à la liberté d’expression, selon le Conseil d’État
CNews avait fondé une partie de son recours sur l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme, relatif à la liberté d’expression. Mais pour le Conseil d’État, la sanction de l’Arcom n’est pas disproportionnée. Elle ne restreint pas la liberté d’opinion, mais rappelle les exigences liées à la diffusion d’informations controversées dans un cadre télévisuel soumis à régulation.
En somme, le droit à la liberté d’expression ne dispense pas les médias d’une obligation de rigueur, particulièrement lorsqu’ils traitent de sujets sensibles comme la sécurité ou l’immigration.


