La tension est montée d’un cran dès les premières minutes de l’entretien, lorsque Patrick Cohen a abordé les thématiques fortes évoquées dans Le Remplaçant, série de TF1 dans laquelle JoeyStarr incarne un professeur atypique. En listant les sujets abordés dans cette nouvelle saison — jeux dangereux sur les réseaux, automutilation, déracinement, décrochage scolaire — le journaliste interroge l’artiste sur ses intentions : simple rôle ou volonté de sensibilisation ?
JoeyStarr, visiblement agacé par un quiproquo, a immédiatement recadré : « Des cités ? Bah des jeunes tout court en fait ». Une réaction impulsive qui illustre bien la sensibilité du comédien aux raccourcis médiatiques et à toute forme d’étiquetage réducteur. Lorsque Cohen clarifie qu’il parlait « des problèmes » et non « des jeunes des cités », le rappeur ironise avec mordant : « Ah, de les citer. Faites bien gaffe ». Une pique qui laisse percevoir à la fois sa méfiance et son allergie au politiquement correct.
Anne-Elisabeth Lemoine, en mode médiation
Mais le ton ne s’est pas apaisé avec la suite de l’interview. Lorsque Anne-Elisabeth Lemoine tente d’encadrer l’échange avec bienveillance, JoeyStarr, fidèle à lui-même, répond du tac au tac. « Je ne sais pas faire les choses autrement qu’en me racontant », lance-t-il. Un terrain personnel sur lequel la présentatrice rebondit avec humour : « Il faut que ça aille quelque part ».
Ce à quoi l’ancien rappeur rétorque avec un rire provocateur : « Voilà ! Bah c’est le but dans la vie d’aller quelque part ? ». Une provocation à peine voilée, qui pousse Lemoine à remettre les pendules à l’heure : « D’être aimable aussi deux secondes ». Réponse immédiate, et un brin moqueuse de son invité : « Oui, je souris ». Une passe d’armes cordiale mais électrique, qui témoigne de l’énergie indomptable de JoeyStarr.
Un personnage fidèle à sa réputation
Authentique, irrévérencieux, parfois brut de décoffrage, JoeyStarr reste fidèle à son image : celle d’un artiste qui refuse les conventions, et qui préfère provoquer plutôt que se plier aux attentes. En affirmant avec autodérision qu’il est « incapable de se prendre au sérieux plus de dix minutes », il clôt son intervention en assumant pleinement ce qu’il appelle son « projet de vie ».
Mais derrière la provocation, transparaît une volonté sincère d’être écouté pour ce qu’il est. Un homme complexe, capable de jouer un professeur investi à l’écran, tout en refusant de jouer un rôle dans les médias. Ce passage sur C à vous n’aura donc pas manqué de rappeler que JoeyStarr reste un électron libre dans le paysage audiovisuel français — parfois déroutant, souvent imprévisible, mais toujours sans filtre.


