Des mesures qui bouleversent les fondements de la justice des mineurs
La réforme propose la création d’une amende pour les parents absents aux convocations judiciaires et l’instauration d’une comparution immédiate dès 16 ans en cas de récidive. Mais c’est surtout l’inversion de « l’excuse de minorité » qui fait polémique : ce principe fondamental, qui permet de juger un mineur plus légèrement qu’un adulte, deviendra l’exception pour les délits passibles de cinq ans de prison, obligeant le juge à motiver expressément son application.
Une opposition farouche et une mobilisation professionnelle

L’ensemble des forces de gauche s’est mobilisé contre ce texte, qu’elles qualifient tour à tour de « populiste », « répressif » ou « dangereux ». La Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ) a également élevé la voix, dénonçant un recul des principes éducatifs au profit d’une logique punitive. Des appels à manifester ont ponctué chaque étape du débat parlementaire, sans freiner l’avancée du projet.
Des dissensions jusque dans la majorité sénatoriale
Fait rare, même au sein du Sénat, des voix critiques se sont élevées. Francis Szpiner, rapporteur Les Républicains, a dénoncé un texte “inutile et inapplicable”, forgé selon lui sous le coup de l’émotion. Malgré cela, la mobilisation conjointe du gouvernement, de Gérald Darmanin et du groupe Renaissance a permis de conserver les dispositions clés du texte.
Un passage en force au goût amer pour la gauche

À l’Assemblée nationale, le texte avait été voté à une large majorité (341 voix pour, 187 contre). Mais la gauche n’a cessé de contester la méthode, les amendements supprimés en commission puis réintroduits en séance, et la précipitation dans l’examen. Ce lundi, elle entend désormais porter la bataille sur le terrain constitutionnel, espérant que le Conseil censure les mesures qu’elle juge contraires aux droits fondamentaux.
Un succès politique pour Gabriel Attal ?
Pour l’ex-Premier ministre, cette adoption marque un retour en lumière après plusieurs mois de discrétion, depuis la dissolution du gouvernement. Ce texte, qu’il a porté envers et contre tous, symbolise sa volonté de réaffirmer l’autorité de l’État, même si le prix politique reste élevé. L’enjeu est désormais d’éviter que cette loi ne devienne un nouveau symbole de fracture idéologique entre deux visions de la justice : éducative ou répressive.
