À moins de trois semaines d’un scrutin municipal décisif, la droite parisienne affiche un visage fragmenté.

Entre ambitions affirmées, stratégies concurrentes et refus catégoriques d’alliance, le duel entre Sarah Knafo et Rachida Dati redessine les lignes de fracture d’un camp qui peine à parler d’une seule voix face à la gauche.
Déterminée à s’imposer dans le paysage politique parisien, Sarah Knafo affiche une ligne sans ambiguïté. Dans un entretien accordé à La Tribune Dimanche, l’eurodéputée du parti Reconquête prévient qu’elle n’envisage aucun retrait au soir du premier tour. « Je ne suis absolument pas là pour me désister », insiste-t-elle, balayant d’emblée l’hypothèse d’un effacement stratégique.
Créditée d’un score supérieur à 10 % dans plusieurs enquêtes d’opinion, elle se dit convaincue de pouvoir franchir le seuil nécessaire pour se maintenir au second tour des municipales parisiennes, prévues le 22 mars. Qu’elle termine première ou deuxième à droite, elle promet de tendre la main à ses concurrents. Selon elle, refuser une alliance reviendrait à condamner la droite à la défaite, une responsabilité qu’elle entend faire peser sur quiconque s’y opposerait.
Rachida Dati, favorite mais inflexible

Face à cette offensive, Rachida Dati campe sur une position radicalement différente. L’ancienne ministre, solidement installée en tête des intentions de vote à droite — autour de 30 % selon une récente étude de l’Ifop — ne semble nullement disposée à composer avec la candidate de Reconquête. Son discours repose sur une logique de rassemblement autour de sa seule candidature, qu’elle présente comme la plus crédible pour battre la gauche.
Ces derniers jours, elle a d’ailleurs appelé à un « vote utile » dès le premier tour, se décrivant comme l’unique figure capable de renverser l’équilibre politique parisien. Sans citer explicitement sa rivale, le message était limpide : toute dispersion des voix affaiblirait les chances de victoire. Cette stratégie vise aussi à contenir la progression de Sarah Knafo, dont la dynamique reste modeste mais réelle.
Une alliance jugée contre-productive
L’hypothèse d’une fusion des listes à droite se heurte toutefois à des résistances profondes. L’ancrage idéologique du mouvement fondé par Éric Zemmour continue de susciter de fortes réticences chez une partie de l’électorat traditionnel de droite. Pour certains cadres proches de Rachida Dati, un rapprochement avec Sarah Knafo rendrait la conquête de Paris encore plus improbable.
Dans les cercles de soutien de l’ancienne garde des Sceaux, on estime qu’une alliance brouillerait le positionnement politique et ferait fuir un électorat centriste ou modéré indispensable à toute victoire dans la capitale. Paris, ville historiquement rétive aux expériences trop marquées à droite, serait selon eux « ingagnable » dans un tel scénario. L’argument n’est pas seulement idéologique : il est aussi électoral.
Une candidate en quête d’ancrage

Si Sarah Knafo a réussi à attirer quelques figures issues des Républicains dans son sillage, elle demeure relativement isolée dans le paysage parisien. Son pari repose sur la consolidation d’un socle électoral fidèle et mobilisé, capable de lui assurer un maintien au second tour. Mais à l’approche du 15 mars, date du premier tour, la pression s’intensifie.
Entre la tentation du vote utile et la crainte d’une division fatale, l’équation est délicate. La candidate de Reconquête doit préserver sa dynamique sans apparaître comme un facteur de dispersion. Sa stratégie consiste à se poser en arbitre potentiel du second tour, convaincue que son maintien pourrait rebattre les cartes.










