Alors qu’il multiplie les appels à la rigueur budgétaire et à la réduction du train de vie des responsables politiques, François Bayrou se retrouve rattrapé par une polémique locale. Le Premier ministre a validé cet été d’importants travaux de rénovation dans son bureau de maire de Pau, pour un coût estimé à 40 000 euros.
Selon des révélations de Mediapart, l’opération a été officiellement autorisée par un arrêté municipal daté du 28 juillet. Objectif affiché : « redonner sa splendeur » à ce bureau qui offre une vue imprenable sur les Pyrénées. Les travaux prévoient la restauration du parquet d’origine, l’application d’un enduit pour retrouver « l’esprit d’antan », le retrait de câbles et d’interrupteurs vieillissants, ainsi que l’installation de nouveaux luminaires. Bayrou, qui surnomme son bureau « le plus beau de la République », espérait ainsi lui offrir un relooking complet.
Une dissonance avec son discours national
Cette dépense passe mal alors que le Premier ministre martèle depuis plusieurs semaines la nécessité de réaliser 44 milliards d’euros d’économies pour redresser les comptes publics. Partout en France, il dénonce « la catastrophe qui vient » et appelle élus comme citoyens à « montrer l’exemple ». Le contraste entre ses discours et les frais engagés pour son bureau alimente ainsi les critiques de ses opposants, qui dénoncent une forme d’hypocrisie.
Une ville déjà lourdement endettée
L’affaire est d’autant plus sensible que la dette de Pau a fortement augmenté sous ses mandats. Élue en 2014, l’équipe de François Bayrou a vu l’endettement passer de 60 millions d’euros cette année-là à près de 111 millions fin 2023, soit environ 1 440 euros par habitant, selon les données du ministère de l’Économie. Interrogée par Mediapart, la mairie se défend en expliquant que ces travaux participent à la « protection du patrimoine architectural et culturel » de la ville.
L’opposition s’indigne
À gauche, les critiques fusent. Le député François Ruffin dénonce « ces grands messieurs » qui rénovent leur bureau pour des dizaines de milliers d’euros tout en prônant l’austérité aux salariés et retraités. Emmanuel Duplessy (Génération.s) accuse Bayrou de jouer les « Tartuffe » en demandant des sacrifices aux Français tout en engageant de telles dépenses. Pour Paul Vannier (LFI), le maire de Pau « n’était pas en vacances en août » mais occupé à « feuilleter des catalogues de parquet et de mobilier pour refacturer ses rénovations ».