Depuis plus d’un demi-siècle, Alain Duhamel observe, analyse et commente la vie politique française au plus près de ses acteurs.

De la gauche à la droite, des figures historiques aux visages émergents, le politologue a tout vu ou presque. Mais derrière la posture du commentateur chevronné, certaines affinités — et quelques inimitiés — n’ont jamais été totalement dissimulées.
À bientôt 85 ans, Alain Duhamel a traversé les époques politiques françaises sans jamais quitter le premier rang. Il a côtoyé — parfois de très près — des responsables aussi divers que Nicolas Sarkozy, François Hollande, Jean-Luc Mélenchon, Raphaël Glucksmann, Gabriel Attal ou encore Édouard Philippe. Une longévité rare, nourrie par une curiosité intacte et une discipline professionnelle assumée.
Déjeuner avec les politiques, une méthode revendiquée

Dans un entretien accordé à Le Parisien, Alain Duhamel rappelle une règle qu’il s’est toujours imposée : fréquenter les responsables politiques de tous bords. Non par goût mondain, mais par souci de compréhension et d’analyse. « Ce n’est pas pour le plaisir de partager un steak », précise-t-il, mais parce qu’un observateur sérieux ne peut se contenter de la surface médiatique.
Cette ouverture revendiquée connaît toutefois une limite claire : Marine Le Pen. Sur ce point, Alain Duhamel ne laisse planer aucune ambiguïté. Il affirme ne jamais avoir déjeuné avec la présidente du Rassemblement national, et surtout ne pas entretenir de relation personnelle avec elle. « Avec Marine Le Pen, on ne se parle pas », tranche-t-il, sans détour.
Une animosité personnelle revendiquée

Plus qu’une divergence idéologique, le politologue évoque une véritable animosité personnelle, réciproque selon lui. S’il a déjà échangé avec Jordan Bardella, le protégé de Marine Le Pen, le courant n’est jamais passé avec elle. « J’ai de l’antipathie pour elle, et inversement », confie-t-il, soulignant une hostilité ancienne et assumée.
Au fil des années, Alain Duhamel a souvent croisé Marine Le Pen sur les plateaux de télévision, lors d’interviews parfois tendues. S’il reconnaît qu’elle est devenue plus aguerrie et plus efficace, il estime toutefois qu’elle n’a pas gagné en profondeur politique. « Plus intéressante, je ne trouve pas », juge-t-il, considérant que son parcours n’a pas apporté l’enrichissement intellectuel qu’il attendrait d’une figure de cette stature.
Le débat de 2017, point de rupture marquant

L’hostilité ne date pas d’hier. Après le débat de l’entre-deux-tours de la présidentielle de 2017 face à Emmanuel Macron, Alain Duhamel avait livré une critique particulièrement sévère. Il avait qualifié la prestation de Marine Le Pen d’« incroyablement polémique, destructrice, pas au niveau », dénonçant un registre injurieux et démagogique, loin d’un débat constructif attendu à ce niveau de responsabilité.
Le politologue n’a pas non plus épargné les changements de ligne idéologique de la cheffe du RN, notamment sur la question de l’euro. À ses yeux, ces revirements relèvent davantage de l’opportunisme électoral que d’une stratégie politique solidement pensée. Plus récemment encore, il a mis en doute sa maîtrise des dossiers, estimant qu’elle n’avait pas démontré un travail approfondi sur le fond.










