La catastrophe survenue à Crans-Montana continue de révéler des zones d’ombre troublantes.

Alors que le pays pleure l’une des pires tragédies de son histoire récente, des témoignages et documents exhumés après l’incendie du bar Le Constellation interrogent frontalement la prévention, les contrôles et les responsabilités entourant ce lieu de fête devenu piège mortel.
Dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier, un incendie d’une violence extrême s’est déclaré dans le bar Le Constellation, situé au cœur de la station huppée de Crans-Montana. L’établissement, bondé pour le réveillon, s’est rapidement transformé en espace de panique totale. Pris au piège dans un lieu confiné, des dizaines de clients ont tenté de fuir les flammes, provoquant un bilan effroyable : au moins 40 morts, dont neuf Français, et 119 blessés.
Une alerte ignorée plusieurs années avant le drame
Une enquête diffusée par RTS a mis en lumière un élément particulièrement troublant. Dès la nuit du Nouvel An 2019-2020, un serveur du bar avait exprimé ses craintes face à un danger évident. Sur une vidéo authentifiée, on l’entend avertir des clients : « Faites gaffe à la mousse », en référence aux matériaux phoniques installés au plafond, à proximité immédiate de feux de Bengale utilisés pour animer les bouteilles.
Un témoignage qui résonne après la catastrophe

La scène, filmée à l’époque par une cliente, a refait surface après l’incendie du 1er janvier. Celle-ci explique que le plafond se trouvait très bas, renforçant le risque d’embrasement. Le commentaire du serveur n’était pas anodin, mais bien l’expression d’une inquiétude lucide face à une situation potentiellement explosive, dans un contexte où la fête prenait souvent le pas sur la prudence.
Une défense fondée sur des contrôles contestés
Malgré ces signaux d’alerte, le propriétaire du Constellation a affirmé, quelques jours après le drame, que l’établissement respectait toutes les normes en vigueur. Une proche du couple de gérants a également évoqué plusieurs contrôles réalisés sur une décennie. Des déclarations aujourd’hui mises à mal par les révélations successives sur l’état réel des installations et les pratiques tolérées dans le bar.
Des doutes dès la rénovation du sous-sol
L’enquête de la RTS révèle que les inquiétudes ne datent pas d’hier. Dès 2015, lors de la transformation du sous-sol en lieu festif prisé de Crans-Montana, des réserves avaient été formulées. La qualité des matériaux et la conformité aux normes incendie avaient déjà suscité des interrogations, selon plusieurs notables de la station, restées sans suite concrète.
Des pratiques festives à haut risque

Un ancien employé décrit une ambiance où l’excès était la norme : clients sur les tables, bouteilles brandies en l’air, bougies scintillantes au milieu de la foule. Des comportements spectaculaires mais dangereux, assumés au fil des soirées. L’ex-serveur reconnaît même que l’embrasement aurait pu se produire n’importe quand, tant les conditions étaient réunies pour provoquer un accident majeur.
Une issue de secours inutilisable
Autre élément accablant : l’unique porte de secours du sous-sol était condamnée. Selon les témoignages, elle ne permettait aucune évacuation réelle et débouchait sur des caves et des espaces clos. La seule sortie fonctionnelle passait par un escalier étroit, menant à une porte de terrasse en plexiglas qui s’ouvrait vers l’intérieur, en totale contradiction avec les règles de sécurité destinées à prévenir les mouvements de foule.










