Icône féministe pour certains, figure controversée pour d’autres : Gisèle Pélicot, 71 ans, reste au cœur des débats, un an après son procès ultra-médiatisé.
Si elle a bouleversé l’opinion en dénonçant les viols subis de son mari et de dizaines d’hommes, sa propre fille, Caroline Darian, refuse de partager cette admiration et l’accuse de l’avoir trahie. En 2024, Gisèle Pélicot avait fait le choix d’un procès public. Elle avait refusé le huis clos, pour exposer au grand jour les violences sexuelles qu’elle avait subies pendant des années, droguée puis livrée à des dizaines d’hommes par son mari, Dominique Pélicot. Son courage, salué par de nombreux médias en France et à l’étranger, en avait fait une figure mondiale du combat contre les violences sexuelles.
La voix dissonante de Caroline Darian
Mais à 46 ans, sa fille Caroline Darian se dresse contre ce récit. Dans une interview accordée au Telegraph, elle affirme ne plus parler à sa mère, qu’elle accuse de l’avoir abandonnée. Elle raconte avoir soutenu Gisèle pendant quatre ans, l’accompagnant partout, sans jugement, malgré ses propres blessures. Pourtant, lorsqu’elle a révélé avoir elle aussi été victime de son père, elle dit avoir trouvé une oreille fermée. “Ma mère n’est pas une icône. Pas pour moi. Elle m’a abandonnée”, tranche-t-elle.
Une accusation qui fracture la famille
Caroline affirme avoir été droguée et violée par son père Dominique Pélicot, comme sa mère. Elle déplore que Gisèle n’ait pas cherché à convaincre son mari d’avouer ces faits lors du procès. “Et cela, je ne pourrai jamais lui pardonner. Jamais”, confie-t-elle. Pour elle, ce silence équivaut à une forme de trahison, au moment où elle attendait de sa mère une solidarité absolue.
Des preuves troublantes
Au cours de l’instruction, des clichés de Caroline Darian, inconsciente et vêtue d’une culotte qui ne lui appartenait pas, avaient été retrouvés dans le matériel informatique de Dominique Pélicot. Des fichiers intitulés “ma fille à poil” figuraient aussi dans ses archives numériques. Autant d’éléments qui renforcent la conviction de Caroline d’avoir été elle aussi victime, mais laissée dans l’ombre d’un procès centré sur sa mère.
La “victime oubliée” du procès
Aujourd’hui, Caroline se décrit comme “la victime oubliée”, reprochant à sa mère d’avoir cherché la lumière médiatique sans l’inclure dans son combat. “Pendant que ma mère était propulsée sur le devant de la scène, nous, nous étions laissés seuls avec nos questions sans réponse. Nous sommes brisés. Et nous n’avons plus ni père ni mère.” Ses mots traduisent une rupture irréversible, où l’icône publique se heurte à l’image intime d’une mère jugée absente.
Entre symbole et fracture intime
L’affaire Pélicot révèle la complexité des violences familiales et des héritages de souffrance. Si Gisèle Pélicot est devenue un symbole de résilience et de dénonciation, son parcours reste contesté au sein même de sa famille. Derrière l’icône médiatique, une fille blessée réclame reconnaissance et vérité, rappelant que la lutte féministe ne saurait effacer les fractures intimes.