Pendant plus de vingt ans, leur nom a circulé dans les refuges et les vallées des Tatras comme une énigme sans réponse.

Une famille partie pour trois jours de randonnée s’est volatilisée, laissant derrière elle des questions et des proches suspendus à l’attente. En 2021, la montagne a enfin livré son secret.
En juin 1998, Peter et Anna Kowalsski, accompagnés de leurs enfants Mark et Lisa, entreprennent une randonnée familiale dans les montagnes des Tatras, au sud de la Pologne. L’expédition, prévue pour trois jours, ne devait être qu’une parenthèse estivale. Elle devient l’un des mystères les plus persistants de la région.
Randonneurs expérimentés et parfaitement équipés, les Kowalsski semblaient maîtriser les risques inhérents à la haute montagne, ce qui rend leur disparition d’autant plus incompréhensible. Très vite, l’inquiétude gagne leurs proches.
Les dernières traces avant le silence
Le 21 juin 1998, la famille est aperçue quittant le village de Zakopane pour rejoindre les sentiers d’altitude. Un guide local remarque leur assurance au moment d’entamer l’ascension. Dans l’après-midi, d’autres marcheurs les voient s’éloigner des itinéraires balisés en direction d’une vallée plus isolée.
Lorsque les Kowalsski ne réapparaissent pas le 24 juin, l’alerte est donnée. Une opération de recherche d’une ampleur exceptionnelle est déclenchée, mobilisant hélicoptères, équipes au sol et volontaires. Les Tatras, cependant, demeurent impénétrables.
Des recherches massives, sans résultat
Plus de 150 personnes participent aux opérations. Les pentes abruptes, les couloirs rocheux et les forêts denses compliquent chaque progression. Malgré les efforts, aucun indice décisif n’émerge.
La topographie tourmentée du massif rend certaines zones quasiment inaccessibles, laissant planer l’hypothèse que la famille ait pu s’aventurer dans un secteur hors d’atteinte des secours. Les mois passent, puis les années, sans avancée significative.
Rumeurs, espoirs et fausses pistes

En 2001, la découverte d’un équipement de camping dans une vallée reculée ravive brièvement l’espoir. L’analyse médico-légale écarte toutefois tout lien avec les disparus. Le dossier retombe dans l’impasse.
À mesure que le temps s’écoule, le mystère nourrit spéculations et légendes locales, certains évoquant un accident, d’autres une disparition volontaire ou même un enlèvement. Les progrès technologiques en cartographie et en relevés aériens n’apportent aucun éclairage nouveau.
Une découverte inattendue en 2021
Le 14 août 2021, deux alpinistes tchèques, Merik Vabota et Jan Pessik, ouvrent une voie technique sur une paroi réputée infranchissable. À près de 80 mètres de hauteur, l’un d’eux aperçoit des fragments de matériel sur une corniche étroite.
En s’approchant, ils distinguent du matériel de camping et des effets personnels, étonnamment préservés par les conditions de haute altitude. Ce qui n’était qu’une ascension sportive devient soudain une découverte capitale.
L’identification des disparus
Les alpinistes prennent soin de photographier les lieux, d’enregistrer les coordonnées GPS et d’alerter les secours polonais. Une équipe spécialisée du Service polonais de secours en montagne (GOPR) est dépêchée sur place pour atteindre la corniche.
Parmi les objets récupérés figurent des documents d’identité et des clichés familiaux. Les éléments ne laissent aucun doute : il s’agit bien des Kowalsski, disparus depuis vingt-trois ans.
Une tragédie géologique
L’analyse médico-légale permet de reconstituer le drame. Les experts concluent à une chute de pierres massive ou à une avalanche ayant frappé le campement familial.
Un éboulement soudain aurait arraché leur installation et projeté les corps sur cette corniche invisible depuis les sentiers, expliquant l’échec des recherches de 1998. La zone, escarpée et hors des itinéraires classiques, n’avait jamais pu être explorée en profondeur.
Les derniers instants reconstitués

Les conditions climatiques de haute altitude ont permis la conservation de certains éléments. Les notes géologiques de Peter et les photographies retrouvées montrent une famille sereine, profitant pleinement de son séjour jusqu’à la veille de l’accident.
Ces indices laissent penser qu’ils ignoraient le danger imminent. La catastrophe s’est produite sans avertissement, dans un environnement qu’ils croyaient sûr, révélant l’imprévisibilité brutale de la montagne.
Un deuil enfin possible
Pour les proches, la découverte est à la fois douloureuse et apaisante. Après plus de deux décennies d’incertitude, ils disposent enfin d’une réponse.
La confirmation que la famille a péri ensemble, dans un contexte accidentel, met un terme aux spéculations et permet d’entamer un véritable travail de deuil. Le mystère cède la place à une vérité tragique mais claire.
Les Tatras, beauté et menace
La résolution de cette affaire relance le débat sur les risques géologiques en haute montagne. Les Tatras, admirées pour leur majesté, rappellent qu’elles restent un environnement instable et potentiellement dangereux.
Les alpinistes tchèques ont été salués pour leur professionnalisme. Leur découverte souligne aussi l’évolution des techniques d’escalade, capables d’atteindre aujourd’hui des zones jadis jugées inaccessibles. Pour les services de secours, ce drame ancien éclaire les risques liés aux chutes de pierres et aux mouvements de terrain. Il incite à renforcer la prévention et l’information des randonneurs.










