Tout commence lors d’un trajet en train à destination de Vilvorde, en Flandre. Ce jour-là, comme à son habitude, Ilyass Alba, chef de bord à la SNCB, adresse un message aux passagers. Il commence en néerlandais — langue officielle de la région traversée — puis enchaîne par un “bonjour” en français, geste de courtoisie qui sera rapidement jugé illégal. Un passager, outré, dépose plainte auprès de la Commission permanente de contrôle linguistique (CPCL).
Motif ? L’usage de la langue de Molière en Flandre, là où seule celle de Vondel doit régner dans les annonces des agents de la SNCB. Une règle strictement encadrée par la loi belge, qui impose des usages linguistiques distincts selon les régions. Et peu importe que ce bonjour ait été dit avec bienveillance.
“Les lois linguistiques sont des lois d’ordre public”, rappelle la CPCL. Même le “sens du client” ne justifie pas d’y déroger.
Un contrôleur populaire face à une rigidité administrative
Ilyass Alba n’est pas un inconnu. Sur les réseaux sociaux, il est suivi par des milliers de personnes pour ses vidéos pleines de bonne humeur, sa passion du métier et ses messages inclusifs. Son émotion est palpable lorsqu’il réagit à la plainte : “Qu’un voyageur porte plainte pour ça, je peux le comprendre… Mais que la Commission lui donne raison ? Franchement, qu’est-ce qu’il se passe dans ce pays ?”
Loin d’une provocation, son message était celui d’un agent fier de son métier et soucieux du confort de tous les passagers. Il déplore un manque d’ouverture d’esprit, dans un pays où les trains eux-mêmes franchissent sans cesse les lignes linguistiques.
“Un train, ça se déplace”, résume-t-il, appelant à dire « Goeiedag Bonjour » à toutes les gares du pays.


