Face à la hausse persistante des loyers impayés, le gouvernement a décidé de resserrer l’étau.

Deux décrets publiés en février viennent modifier en profondeur la procédure applicable aux locataires bénéficiaires d’aides au logement. Objectif affiché : protéger davantage les propriétaires tout en encadrant plus strictement les situations d’endettement.
Depuis la période post-Covid et la flambée inflationniste, les impayés de loyers atteignent des niveaux inédits. En 2024, plusieurs réseaux immobiliers ont constaté une augmentation significative des retards de paiement. Chez Orpi, la part des baux concernés avoisinait les 3 %, contre 2 % avant la crise sanitaire. Du côté d’Imodirect, le phénomène s’est révélé encore plus marqué, avec plus de 3,5 % d’impayés, alors qu’ils restaient inférieurs à 1 % auparavant.
Cette évolution ne touche pas uniquement les grands réseaux. De nombreux bailleurs indépendants se retrouvent également confrontés à des situations délicates, parfois longues à résoudre et financièrement lourdes.
La loi Kasbarian et ses décrets d’application
Pour répondre à ces tensions, le législateur avait adopté en 2023 la loi dite « antisquat », portée par le député Guillaume Kasbarian. Cette réforme visait déjà à renforcer la protection des propriétaires face aux occupations illicites et aux loyers impayés.
Le 12 février dernier, deux décrets – n° 2026-83 et n° 2026-84 – sont venus préciser son application. Leur entrée en vigueur est prévue au 1er janvier 2027. Ils instaurent un cadre plus strict à l’égard des locataires en situation d’impayé, tout en simplifiant certaines démarches pour les bailleurs.
Une nouvelle définition plus simple de l’impayé

Jusqu’à présent, la qualification d’un impayé reposait sur un calcul relativement complexe. Selon les règles rappelées par la Caisse d’allocations familiales, il fallait que la dette cumulée atteigne deux fois le montant du loyer charges comprises, après déduction des aides au logement. Un mécanisme jugé peu lisible et susceptible de retarder le déclenchement des procédures.
À partir de 2027, la définition sera clarifiée. Deux critères alternatifs permettront désormais de caractériser un impayé : soit une dette dépassant 450 euros (loyer et charges inclus), soit trois mois consécutifs de défaut de paiement, même si la somme totale reste inférieure à ce seuil.
Cette évolution vise à identifier plus tôt les situations fragiles et à éviter que la dette ne devienne insurmontable.
Un signalement encadré et des délais stricts
Dès qu’un de ces deux critères est rempli, le propriétaire disposera d’un délai de deux mois pour signaler la situation à la Caf ou à la Mutualité sociale agricole. Il devra transmettre les informations habituelles : identité du locataire, adresse du logement, montant et période de la dette.
Le non-respect de ce délai pourra entraîner une pénalité, ce qui impose désormais une vigilance accrue aux bailleurs. L’objectif est d’encadrer la procédure tout en évitant les signalements tardifs qui compliqueraient la gestion du dossier.
Le versement direct des APL au bailleur facilité
L’autre changement majeur concerne les aides personnalisées au logement (APL). Dans de nombreux cas, notamment pour les logements non conventionnés, ces aides sont versées directement au locataire. En cas d’impayé, le propriétaire pouvait déjà demander leur versement sur son propre compte, mais la procédure restait longue et parfois incertaine.
Avec les nouveaux décrets, le basculement des APL vers le bailleur devrait intervenir plus rapidement dès le signalement effectif de l’impayé. Cette mesure garantit au propriétaire la perception d’une part minimale du loyer, tout en réduisant mécaniquement la dette du locataire.
L’idée avancée par les pouvoirs publics est double : sécuriser les revenus des bailleurs et limiter l’enfoncement des ménages dans une spirale d’endettement.
Une recherche de solution toujours obligatoire

Pour autant, la réforme ne dispense pas le bailleur de toute responsabilité sociale. Dès le signalement, la Caf peut exiger la mise en place d’un plan d’apurement, c’est-à-dire un échéancier de remboursement adapté aux capacités du locataire. Le propriétaire est également encouragé à mobiliser le Fonds de solidarité pour le logement (FSL) afin de trouver une issue négociée.
La Caf précise d’ailleurs que si aucune démarche de résolution n’est engagée, le versement de l’aide peut être suspendu. Le renforcement des droits des bailleurs s’accompagne donc d’une exigence de coopération et de recherche active de solutions.
Un équilibre délicat entre protection et solidarité
Ces nouvelles dispositions traduisent une volonté politique de rééquilibrer les rapports entre propriétaires et locataires dans un contexte économique tendu. D’un côté, les bailleurs réclament une meilleure sécurisation de leurs revenus. De l’autre, les associations de défense des locataires redoutent un durcissement susceptible d’accélérer les expulsions.
La réforme tente de concilier ces deux impératifs en intervenant plus tôt dans le processus d’endettement, plutôt qu’au moment où la situation devient irréversible. Reste à savoir si, sur le terrain, ces mesures permettront réellement d’enrayer la hausse des impayés sans fragiliser davantage les ménages les plus modestes.










