La colère agricole a changé de ton. En ce début d’année, elle ne se contente plus de dénoncer, elle s’organise et se durcit.

Acculés par des charges croissantes, des décisions politiques jugées incohérentes et un sentiment d’abandon, de nombreux agriculteurs estiment n’avoir plus rien à perdre. Leur mobilisation s’inscrit désormais dans un rapport de force assumé.
Depuis plusieurs semaines, le malaise agricole s’est transformé en crise ouverte. Entre l’empilement de normes, la hausse annoncée des taxes sur le carburant et les engrais, et la crainte d’une concurrence étrangère jugée déloyale via l’accord Mercosur, les exploitants se sentent pris au piège. La Coordination Rurale comme la FNSEA alertent sur une profession qui ne parvient plus à vivre de son travail, tandis que la dermatose nodulaire contagieuse fragilise encore davantage certains élevages.
Des blocages pour frapper fort
Face à ce qu’ils décrivent comme un mur d’indifférence, les agriculteurs ont décidé de passer à l’action. Des blocages ont été mis en place dans plusieurs régions, notamment à Bassens. Depuis le 8 janvier 2026, des militants de la Coordination Rurale ont ciblé un point névralgique : le dépôt pétrolier DPA d’Ambès, infrastructure stratégique pour l’approvisionnement en carburant de la région.
Un site stratégique paralysé

Géré par le groupe Desmé, le dépôt a été neutralisé par une quarantaine de tracteurs, de camions et de véhicules légers, coupant de facto l’accès aux carburants. Une cinquantaine d’agriculteurs se sont relayés jour et nuit pour tenir le barrage, malgré les annonces gouvernementales. Leur message est clair : tant que les réponses ne seront pas jugées suffisantes, la pression restera maximale.
Des annonces gouvernementales jugées insuffisantes
La ministre de l’Agriculture Annie Genevard a pourtant tenté d’apaiser la situation en évoquant un « paquet de mesures » de 300 millions d’euros, incluant des indemnisations. Une enveloppe perçue comme largement insuffisante par les manifestants, qui dénoncent des aides ponctuelles sans vision à long terme pour sauver le modèle agricole français.
L’intervention des forces de l’ordre
Après plus de 48 heures de blocage, l’État a décidé de reprendre la main. Dans un communiqué, la préfecture a estimé le déblocage « indispensable » pour garantir le réapprovisionnement des stations-service, le fonctionnement de l’économie locale et l’intervention des services d’urgence. Le samedi 10 janvier, les CRS sont intervenus pour évacuer le site.
Des tensions et des scènes de violence

L’opération ne s’est pas déroulée sans heurts. Des images diffusées sur les réseaux sociaux montrent des affrontements tendus entre manifestants et forces de l’ordre. Des gaz lacrymogènes ont été utilisés pour disperser les agriculteurs, et une personne a été interpellée pour entrave. Une séquence qui a choqué une partie de l’opinion et renforcé le sentiment d’injustice ressenti par le monde agricole.
Philippe Etchebest, un soutien très remarqué
Au milieu de cette séquence explosive, une figure inattendue s’est invitée sur le terrain : Philippe Etchebest. Le chef ne s’est pas contenté d’un message de soutien à distance. Il s’est rendu directement sur le lieu du blocage, dénonçant une situation « irrationnelle » où, selon lui, de bonnes intentions ont conduit à une impasse.
Une présence saluée par les agriculteurs
Dans une vidéo diffusée sur Facebook, Philippe Etchebest a exprimé sa solidarité avec ceux qui, selon ses mots, « nourrissent la population et font vivre le terroir ». Déjà présent sur un barrage de la Coordination Rurale sur l’A63, il a choisi de renouveler son engagement sur le terrain. Un geste accueilli avec reconnaissance par les agriculteurs, qui y voient une rare marque de considération publique.










