Deux drames d’enfants, séparés par près de quarante ans, continuent de hanter la mémoire collective française.

La disparition d’Émile Soleil, puis la découverte de ses ossements, ravivent inévitablement le souvenir de l’affaire Grégory. Deux enquêtes complexes, ultramédiatisées, où le silence, le cadre familial et le temps jouent un rôle central.
L’été 2023 marque le début d’une enquête qui va bouleverser le pays. Alors qu’il séjourne chez ses grands-parents maternels dans le hameau isolé du Haut-Vernet, Émile Soleil, âgé de deux ans et demi, disparaît sans laisser de trace. Selon les premiers éléments, l’enfant aurait échappé à la vigilance d’Anne et Philippe Vedovini. Pendant des mois, les recherches s’enchaînent, sans résultat concret, alimentant l’angoisse et les interrogations.
La découverte des ossements relance l’enquête
En mars 2024, une randonneuse découvre des ossements à quelques kilomètres seulement de la résidence familiale. Les expertises médico-légales, notamment celles portant sur le crâne, changent radicalement la lecture du dossier. La thèse de l’accident est écartée, au profit de celle d’une intervention humaine. D’après Le Parisien et BFMTV, l’enfant aurait subi un traumatisme facial violent, incompatible avec une simple chute.
Un corps déplacé après la mort
Les enquêteurs estiment également que le corps d’Émile aurait été déplacé après son décès, un élément qui renforce la piste criminelle. Si l’entourage familial s’est retrouvé très tôt au centre des soupçons, notamment le grand-père dont le passé a été largement commenté, aucun auteur n’a, à ce stade, été formellement identifié.
Impossible, face à ces éléments, de ne pas penser à Grégory Villemin. Le 16 octobre 1984, le garçon de quatre ans est retrouvé mort dans la Vologne, ligoté pieds et poings, dans les Vosges. Là aussi, l’émotion nationale est immense, et l’enquête s’enlise dans un labyrinthe judiciaire qui dure encore aujourd’hui. Quarante ans plus tard, le parallèle s’impose presque naturellement.
Des similitudes troublantes entre les deux dossiers

Les deux affaires présentent de nombreux points communs. Des enfants disparus dans des environnements ruraux et isolés, peu de témoins, et des familles rapidement placées sous le feu des soupçons. Grégory jouait devant la maison familiale à Lépanges-sur-Vologne ; Émile aurait été aperçu seul dans les rues menant à la maison de vacances du Haut-Vernet, selon plusieurs voisins interrogés au début de l’enquête.
Pour Thibaut Solano, directeur adjoint de la rédaction de Marianne, le contexte géographique complique considérablement les enquêtes. Peu de passages, peu de témoins, et une promiscuité sociale qui rend chaque accusation explosive. Une analyse partagée par Jacques Dallest, pour qui ces zones restreintes freinent l’identification rapide d’un suspect.
Une différence majeure : la certitude criminelle
Dans l’affaire Grégory, la thèse criminelle s’est imposée immédiatement. Il n’y avait aucun doute : l’enfant avait été assassiné, rappelle Jacques Dallest. Le fameux « corbeau », qui harcelait la famille depuis des années, avait même revendiqué le crime le jour du meurtre. Pour Émile Soleil, cette certitude n’a émergé qu’après la découverte des ossements, mais la piste criminelle est désormais privilégiée.
Concernant Grégory Villemin, si les coupables n’ont jamais été condamnés, les enquêteurs s’accordent aujourd’hui sur une implication issue du cercle familial, selon Thibaut Solano. Pour Émile Soleil, la police n’a pas refermé cette hypothèse. En mars dernier, les grands-parents maternels ainsi que deux de leurs enfants ont été placés en garde à vue pour homicide volontaire et recel de cadavre, avant d’être relâchés faute de charges suffisantes à ce stade.
Des gardes à vue sans mise en examen

Cette décision judiciaire n’a pas dissipé les doutes. Comme le souligne Thibaut Solano, l’absence de mise en examen ne signifie pas l’absence d’éléments troublants. Dans l’affaire Villemin, les rebondissements judiciaires ont été nombreux, nourris par un climat de jalousies et de rancœurs familiales, un schéma qui ne semble pas, pour l’instant, se dessiner clairement chez les proches d’Émile.
Dans le dossier Grégory, quarante années de silence ont nourri l’hypothèse d’un pacte tacite, d’une omerta familiale. Pour Émile Soleil, Thibaut Solano évoque également une forme de mutisme : une famille qui ne s’exprime pas publiquement et des écoutes judiciaires révélant des tensions internes. Autant d’éléments qui interrogent, sans permettre encore de lever le voile.










