Une réforme technique, en apparence anodine, fait trembler les propriétaires français.

Derrière les ajustements de calcul annoncés par Bercy se profile une modification profonde de la fiscalité locale. Eau courante, électricité, baignoire : des éléments du quotidien pourraient désormais peser plus lourd dans l’évaluation de la taxe foncière.
Le chantier engagé par le ministère de l’Économie vise à revoir les modalités de calcul de l’impôt local, en particulier la taxe foncière. L’objectif affiché est de moderniser une base d’imposition jugée obsolète, mais la méthode suscite déjà une vive controverse.
Dans les faits, la réforme repose sur un système de présomptions : certains équipements standards seraient automatiquement intégrés dans l’évaluation de la valeur cadastrale des biens. Cette révision pourrait mécaniquement augmenter la surface retenue pour le calcul de l’impôt, et donc le montant dû par les propriétaires.
Des mètres carrés « fictifs » qui inquiètent

Selon plusieurs spécialistes, l’administration fiscale envisagerait d’ajouter des surfaces théoriques liées à des éléments de confort : l’eau courante correspondrait à 4 m², l’électricité à 2 m², une baignoire à 5 m². Ces équivalences, appliquées automatiquement, pourraient gonfler artificiellement la base taxable, même en l’absence de modification réelle du logement.
Me Jean-Pascal Michaud, avocat fiscaliste au cabinet LMD, critique une approche qu’il juge juridiquement fragile. Il rappelle que l’État ne peut présumer l’existence d’équipements sans vérification préalable. Pour lui, modifier la taxe foncière sur la base de suppositions reviendrait à fragiliser les principes fondamentaux du droit fiscal.
Une fronde montante chez les propriétaires
La réaction ne s’est pas fait attendre. Sur les ondes de RMC, une auditrice a exprimé son exaspération en s’interrogeant sur l’absurdité d’une telle logique : faudrait-il supprimer sa baignoire pour éviter une hausse d’impôt ? Cette colère traduit un sentiment d’injustice face à une fiscalité perçue comme toujours plus lourde.
Certains propriétaires dénoncent également des incohérences dans le système actuel. Des immeubles anciens se retrouveraient plus lourdement taxés que des biens haussmanniens situés dans d’autres communes, en raison des taux fixés localement. L’Union nationale des propriétaires immobiliers (UNPI) évoque même un « racket fiscal » si la réforme devait être appliquée en l’état.
Une pression fiscale déjà en forte hausse

Sur la dernière décennie, la taxe foncière aurait progressé en moyenne de 33 %. Cette augmentation s’explique notamment par l’indexation des bases et les décisions des collectivités locales, qui utilisent cet impôt pour financer infrastructures et services publics.
Dans ce contexte, toute modification des critères d’évaluation est scrutée avec inquiétude. Les propriétaires redoutent un effet cumulatif : hausse des taux d’un côté, élargissement de l’assiette de l’autre.
Des exonérations encore possibles
Tout n’est toutefois pas fermé. L’article 1383 du Code général des impôts prévoit des dispositifs d’exonération, notamment pour les logements neufs acquis en VEFA. Ces biens peuvent bénéficier d’une exonération temporaire de taxe foncière pendant deux ans après l’achèvement des travaux.
Ces mécanismes constituent aujourd’hui l’un des rares leviers d’allègement pour les ménages, même s’ils ne concernent qu’une minorité de propriétaires. Pour les autres, la réforme annoncée pourrait modifier durablement la gestion patrimoniale et l’équilibre budgétaire.










