Comment ces produits parviennent-ils à entrer en Europe malgré des normes strictes ? Le modèle de Temu repose sur la livraison directe depuis la Chine vers le consommateur, court-circuitant ainsi tout importateur ou contrôleur. « On outrepasse complètement les lois », déplore le BEUC. En l’absence d’intermédiaires, aucun contrôle n’est effectué avant que le produit n’arrive chez l’acheteur.
Face à ce vide réglementaire, les associations réclament une meilleure traçabilité et des mesures douanières renforcées. Mais l’ampleur du phénomène rend la tâche titanesque. Pour pallier ce défi, le gouvernement français a annoncé la mise en place de “frais de gestion” dès 2026 sur chaque colis entrant, une première réponse pour freiner ce flux non contrôlé.
Shein : les mêmes dangers sous couvert de mode
Autre acteur majeur de ce commerce : Shein. Spécialisée dans le prêt-à-porter ultra bon marché, la plateforme a été épinglée à de nombreuses reprises. Des analyses ont révélé des concentrations illégales de plomb, de nickel et de phtalates dans des chaussures, sacs ou ceintures. Certains vêtements dégagent même une odeur chimique tenace, que des experts attribuent potentiellement à l’épandage de pesticides dans les conteneurs.
Yann Rivoallan, président de la Fédération française du prêt-à-porter féminin, confirme l’ampleur du problème. Si Shein a depuis engagé quelques améliorations, notamment après avoir été pointée du doigt par Greenpeace en 2021, la prolifération de ses articles empêche un contrôle systématique. En 2022, la marque a mis sur le marché 315 000 nouveaux produits, contre à peine 6 850 pour une enseigne déjà très productive comme Zara.
Une industrie aux lourds impacts environnementaux
Shein incarne l’ultra fast-fashion dans ce qu’elle a de plus excessif. Produire des centaines de milliers de références par an implique des cadences effrénées et une pollution colossale. La fabrication d’un simple jean, par exemple, requiert jusqu’à 8 000 litres d’eau. Ce modèle est totalement incompatible avec les objectifs environnementaux actuels.
Pour Yann Rivoallan, le problème dépasse la simple responsabilité du consommateur. « Dire à quelqu’un de ne pas acheter, alors qu’il voit des prix défiant toute concurrence, c’est lui demander de renoncer à son droit d’achat. C’est à l’État d’agir pour encadrer et limiter ces dérives. » Car à long terme, c’est toute une chaîne de production, de consommation et de réglementation qu’il faut repenser.
Ces plateformes, en apparence inoffensives, abritent un risque systémique : pour la sécurité des consommateurs, pour la planète, et pour l’équité des marchés européens. Le combat ne fait que commencer, et il se joue à la frontière entre législation, surveillance douanière, et volonté politique.
