Les assurances obsèques : un dispositif à double tranchant

Autre sujet sensible : celui des assurances obsèques, présentées comme une solution de prévoyance mais souvent coûteuse. Près de 500 000 Français y ont recours. Selon le livre, un assuré versant environ 6 500 à 7 000 € au total ne récupère qu’une couverture de 5 000 € pour ses funérailles. Les auteurs s’appuient sur une étude de 60 millions de consommateurs qui souligne la rentabilité discutable de ces produits.
Les journalistes rappellent aussi que la loi autorise déjà les familles à prélever directement sur le compte du défunt pour financer les funérailles, dans la limite de 5 000 €. Les assurances apparaissent alors redondantes, voire inutiles, d’autant que certaines familles ignorent parfois l’existence d’un tel contrat.
Des coûts d’obsèques en hausse constante
Aujourd’hui, organiser des obsèques en France coûte en moyenne entre 4 000 et 5 000 €, une somme qui a augmenté ces dernières années. L’inflation, le coût de l’énergie et l’évolution des pratiques expliquent cette tendance. De plus en plus de familles préfèrent les chambres funéraires au domicile, une option plus confortable mais facturée plusieurs centaines d’euros supplémentaires.
Les auteurs soulignent aussi la course à la rentabilité des deux géants du secteur. OGF affiche un bénéfice équivalant à 5,6 % de son chiffre d’affaires, selon leurs sources. Funecap, plus discret sur ses comptes, ne publie pas ses résultats, tandis que la FNF évalue le bénéfice moyen à 7 % pour l’ensemble de la profession. Cependant, certains crématoriums gérés en délégation peuvent atteindre des marges dépassant 30 %, selon le livre.
Quand l’argent s’invite dans le deuil
Au-delà des chiffres, « Les Charognards » met en lumière un malaise : la frontière fragile entre rentabilité et décence. Les auteurs relatent des incidents rares mais marquants — échanges de corps, erreurs d’identification, problèmes de crémation — qui jettent une ombre sur une profession habituellement discrète et respectée.
Les entreprises mises en cause se défendent fermement. Funecap affirme avoir traité chaque incident avec « transparence et respect des familles », en renforçant ses protocoles. OGF, pour sa part, insiste : « Ce livre ne reflète pas la réalité d’un métier strictement encadré et contrôlé », rappelant que plus de 90 % des familles se déclarent satisfaites des services funéraires en France.
Un débat nécessaire sur l’éthique du funéraire
Au final, « Les Charognards » ne se contente pas de dénoncer : il ouvre un débat de fond sur la moralité économique entourant la mort. Jusqu’où peut-on monétiser le deuil ? Où s’arrête le service légitime et où commence l’abus de confiance ? Ces questions, longtemps tues, trouvent désormais un écho public à la veille de la Toussaint, moment symbolique où la France se souvient de ses morts.
