Une ligne politique en suspens

Nicolas Sarkozy, on le sait, n’a jamais caché ses réserves sur Jordan Bardella. Il affirmait encore récemment que s’allier avec le RN reviendrait à « suivre un jeune homme sans expérience, qui ne laissera sa place à personne s’il réussit, et entraînera tout le monde dans sa chute s’il échoue ».
Il critiquait aussi l’absence de gestion concrète dans le parcours de Bardella : « Peut-on conduire la France quand on est si jeune et sans expérience ? » Ces mots résonnent aujourd’hui avec d’autant plus d’écho que la rencontre de juillet vient en partie les nuancer. Sarkozy a-t-il changé d’avis ? A-t-il voulu tester son interlocuteur ? Ou simplement entretenir son rôle de faiseur de rois en s’invitant dans la recomposition de la droite ?
Une digue de plus qui s’effondre ?

Cette rencontre incarne peut-être un basculement historique. Depuis 2017, la droite traditionnelle n’a cessé de perdre du terrain, minée par les divisions internes et la montée en puissance de l’extrême droite. Bardella, stratège, sait qu’il a besoin de séduire l’électorat sarkozyste pour élargir sa base. Et Sarkozy, en acceptant de le recevoir, brise un tabou sans prendre parti ouvertement.
La question n’est plus seulement de savoir si LR peut résister à l’attraction du RN, mais s’il lui reste une ligne politique propre. Car pour beaucoup d’observateurs, cette rencontre symbolise la fin d’un cordon sanitaire autour de l’extrême droite.
